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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 00:00


Discours d'ouverture du colloque sur
le penseur Mouloud Kacem Naït Belkacem

Les nations glorifient leurs illustres hommes parmi les savants, les  penseurs et les politiques, et s’enorgueillissent de leur empreinte dans leur histoire  tant par leur œuvre que par leur parcours de vie.
Elles commémorent leur souvenir  pour demeurer des exemples pour les générations de par leurs apports au service  de leurs patrie et cultures, ce sont eux qui y ont hissé l’étendard de la civilisation,  et leur ont donné une place de choix dans le concert des nations. Mieux encore,  la dynamique et le progrès des nations se mesurent à l’intérêt accordé aux bâtisseurs  de leur civilisation, ce sont eux qui thésaurisent le génie de la nation et  le traduisent en réalisations éternelles.
Leur conduite dans la vie est parfois  la référence de l’esprit de leur nation et des valeurs à suivre.         
A contrario, les nations dont l’histoire s’est étiolée sont celles  qui ont coupé tout lien avec leurs penseurs et ulémas, et les ont jetés dans  les méandres de l’oubli quand bien même leur savoir et leurs œuvres sont éternels.
L’histoire célèbre, à travers les hommes de guerre et leurs exploits,  les penseurs qui étaient derrière eux  et les soutenaient car l’épée n’est  que l’outil qui permet la réalisation de l’objectif autrement il n’aurait  servi qu’à l’effusion de sang et à la destruction.         
Si nous glorifions nos penseurs, ce n’est pas seulement pour les services  rendus à la patrie et les vertus qu’ils véhiculaient mais aussi pour témoigner de notre reconnaissance de leurs nobles missions en faveur de la promotion  de leurs peuples et notre attachement à la poursuite de leur parcours. 
Cette attention reflète, en outre l’intérêt que nous accordons au développement  de notre patrie et  à la promotion de notre société, et à la valorisation de la  relation entre l’être humain et sa patrie car si les patries enfantent les hommes, elles ne se développent et ne prospèrent que par eux.         
L’Algérie compte des hommes que nous nous devons de célébrer non seulement  par la commémoration de leur souvenir mais en nous penchant sur leurs œuvres,  pour en tirer ce dont nous avons grand besoin aujourd’hui.         
Parmi ces hommes qui ont laissé l’empreinte de leur pensée dans l’histoire  politique et culturelle de l’Algérie, l’ami, le compagnon, le militant et "l’homme  encyclopédie", Mouloud Kacem Naït Belkacem, que Dieu, le miséricordieux,  accorde paix à son âme.     
Révolutionnaire, il l’était dès l’enfance alors qu’il était encore  élève à l’école de son village, surplombant les hauteurs d’Akbou, un paisible  village attaché à ses traditions viscéralement algériennes qui sacralisent le  savoir et les savants au point où ses populations supportent la privation pour  que leurs enfants puissent apprendre.
Mouloud s’est abreuvé de la culture livresque grâce à un potentiel  mnémonique inouï et une ambition passionnée. En apprenant le Coran, il acquit,  à travers la psalmodie, la truculence de la langue et en étudiant les principes  du Fiqh, il acquit la maîtrise de l’enseignement des écoles et des Zaouïas.    
A l’instar de ses contemporains, il partit à la conquête des grandes  citadelles du savoir à Tunis et au Caire, où il fut le disciple de cheikhs et  érudits de renom à l’apogée de la renaissance arabe. Après avoir obtenu une  licence en philosophie de l’université du Caire, il regagna la Sorbonne à Paris  où il découvrira d’autres horizons du savoir où il enrichit ses connaissances  par les méthodologies d’enseignement modernes et la dialectique intellectuelle  entre les différentes écoles européennes, notamment les écoles allemandes de  la philosophie rationnelle et ses ténors Fichte, Hegel, Kant et bien d’autres.    
L’intérêt qu’il portait aux œuvres de ces philosophes, sur la nation  allemande, ses anciennes gloires et sa nécessaire renaissance, n’a eu de cesse  de grandir au point de produire des écrits prolifiques sur Fichte qu’il voulait  traiter en thèse de doctorat, avant d’y renoncer, en raison, apparemment du  déclenchement de la Révolution de libération nationale qu’il rejoint très tôt  puis des responsabilités et des missions importantes qu’il a eues à assumer. En effet, il a été représentant du Front de Libération Nationale, puis  du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne dans la plupart   des capitales européennes ou il avait vécu, notamment en Suède et en Allemagne.  Il s’intégra dans leurs sociétés où il étudia les langues, les arts et les  cultures, et fut impressionné par l’intérêt qu’elles portaient au travail sérieux  et assidu et à la production intellectuelle et matérielle.     
Nos chemins se sont croisés maintes fois sur la voie de l’édification  de l’Algérie indépendante lorsqu’il était haut fonctionnaire au ministère des  affaires étrangères et cadre à la Présidence de la République, avant de devenir  ministre des affaires religieuses et des wakfs où il a accompli d’importantes  réalisations au service du système éducatif et de la culture en général.  Longtemps  à la tête de ce département, il a initié notamment les colloques annuels de  la pensée islamique et la revue  Assala (authenticité). Il a introduit également  des réformes dans l’administration et a été l’initiateur des instituts islamiques  dans les grandes villes du pays.          
Consciencieux, il assumait ses responsabilités avec la rigueur et la fermeté qui se confondaient avec son personnage; ce qui a conféré à  ses réalisations un caractère particulièrement sérieux.         
Il s’est attelé à l’édition des travaux de ces colloques internationaux  dans des ouvrages, véritables corpus aujourd’hui, tant pour la réflexion  que la référence quand il s’agit des questions inhérentes à l’Islam en tant  que pensée, civilisation, jurisprudence et culte... etc.
Il a veillé également  à la traduction de ces corpus vers la langue française au grand bonheur de larges  communautés intellectuelles et estudiantines.      
La revue  Assala  traita toutes les dimensions de cette pensée qu’elle a véhiculée à de larges pans de lecteurs.
Les colloques de la pensée islamique revêtirent alors une dimension  internationale au point de devenir un pôle d’attraction des érudits de tous  les continents.
Mouloud Kacem  accordait également un intérêt particulier au message  de la mosquée et à son rôle civilisationnel et éducatif dans la société, il  s’attela à l’amélioration du contenu des prêches du vendredi en vue de propager  la culture islamique en tant qu’outil de développement et de mobilisation  de la société entière pour lui permettre de comprendre sa religion, promouvoir  ses valeurs et ses idéaux, propager la paix et le bien et s’imprégner des vertus  de la tolérance et de l’entraide.          
Il œuvra à l’ancrage de la conviction que ces prêches ne devaient  pas constituer une tribune pour propager le fanatisme et l’extrémisme, ou répandre  la discorde et attiser les rancœurs ni pour pervertir les vérités et exploiter  la religion à des desseins profanes ou à des fins politiques et autres considérations  d’ici bas.         
Il instruit les imams pour la lutte contre l’analphabétisme et œuvra  à l’amélioration  de leur formation et situation administrative sur la base  des diplômes et qualifications. il se chargea d’officialiser la profession d’enseignant  d’écoles coraniques, longtemps marginalisée, en lui assurant le statut de salarié  et en organisant, au profit des enseignants, des cycles de formation en créant  même des centres de formation dans différentes régions du pays.         
Le ministère s’intéressa également, du temps de Mouloud Kacem, aux  manuscrits relatifs à notre histoire. Il  a veillé personnellement à leur  publication dont  Ethaghr el-djemani fi ibtissam ethaghr el-wahrani de Mohamed  Bensahnoun Errachedi et Dalil el-Hayrane oua anis essahrane de Mohamed Benyoucef  Eziani, authentifiés par feu El-Hadj El-Mahdi Bouabdelli.       
“Il a écrit de nombreux ouvrages tels que :
- Iniya oua assala
- Assalia am Infissaliya
- L’identité internationale et l’aura mondiale de l’Algérie  
- Les hauts faits du premier novembre et les réactions internationales à l’intérieur et à l’extérieur.
Il a également écrit plusieurs articles de presse parus dans la revue Assala et autres journaux. En somme, le défunt avait une culture encyclopédique, et une passion pour la lecture au point d’avoir une bibliothèque personnelle très riche en ouvrages anciens et nouveaux.     
Ses pensées, cristallisées dans ses écrits et ses déclarations, conciliaient  authenticité et modernité qu’il estimait indissociables. Son credo était : "l’homme  doit vivre en adéquation avec son époque, tout en demeurant attaché à ses valeurs intrinsèques".          
Authenticité rimait, pour lui, avec attachement à la foi, vertus et  civilisation, en tant que legs de notre patrimoine et de notre  histoire, et garante de notre identité grâce à laquelle la société a pu résister  au colonialisme.          
L’authenticité était pour lui le contraire de la sclérose et du marasme, voire l’acceptation du renouveau, du développement et l’adaptation à l’époque  que nous vivons. Il était, que Dieu ait son âme, sensible aux idées de Djamel  Eddine El-Afghani et l’école de la renaissance contemporaine.
Il citait souvent  le verset coranique: "En vérité, Allah  ne modifie point l’état d’un peuple,  tant que les individus ne modifient pas ce qui est en eux" (Sourate ar-Rad,  verset 11). "Ce même verset que son ami l’érudit Malek Bennabi, que Dieu ait  son âme, expliquait et analysait, en langues arabe et française, lors des salons  de discussions qu’il organisait tous les samedis et dimanches à son domicile.     
Il se referait souvent à ce verset car il avait la profonde conviction  que les difficultés ne sont vaincues et les miracles qui changent le destin  des peuples réalisés que par les hommes et les femmes de notre peuple,   armés de la détermination de concrétiser leurs aspirations, tant personnelles  que nationales, en retroussant leurs manches et en comptant sur eux-mêmes.
Témoin de son siècle, il a constaté de visu les efforts déployés  par les allemands pour la reconstruction de leur pays après sa défaite à la  deuxième guerre mondiale au point d’avoir acquis la certitude que le travail  assidu est la clé pour vaincre les difficultés et relever les défis.
Cette conviction  l’a amené à affirmer que le peuple allemand nous a devancés dans la compréhension  du message coranique voire son application, il se référait notamment au verset :  "Et dis: œuvrez, car Allah, va voir votre œuvre ainsi que son Prophète  et les croyants".     
Il n’a eu de cesse, paix à son âme, d’exhorter à l’effort, à l’initiative  et à l’adoption d’une approche basée sur le jugement, la contemplation  et la critique constructive. Il s’insurgeait contre l’apocryphe, l’ignorance  et l’intégrisme et condamnait la négligence et le laxisme.     
Il accorda un intérêt particulier à l’histoire nationale, qu’il estimait  être un facteur déterminant dans le façonnement de la personnalité nationale  et organisa de nombreux colloques sur les révolutions qui ont eu lieu à travers  le pays à l’époque de l’Emir Abdelkader, El Mokrani, Cheikh Bouamama jusqu’à la glorieuse révolution de novembre.    
Il s’intéressa autant à la langue arabe qu’à sa littérature, qu’il considérait  comme symbole de l’existence même de la nation et secret de son unité,  sa perdition était, pour lui, synonyme de la désagrégation de la nation tout  entière.     
Aussi, veilla-t-il à sa préservation et sa consolidation par tous les  moyens : désigné à la tête du Conseil Supérieur de la Langue Arabe, il balisa  le terrain à l’émergence de l’Académie et l’Université Islamiques. Et voila  qu’aujourd’hui, Alger abrite l’Académie de la Langue Arabe et le Conseil  Supérieur de la Langue Arabe, et Constantine l’université islamique l’Emir Abdelkader  des sciences islamiques.      
Cela étant, il n’a guère négligé les langues étrangères dont il encourageait  l’apprentissage car elles ouvrent des portes sur le monde et favorisent le  dialogue entre les cultures et les civilisations.      
L’on peut, à mon avis, compter le défunt parmi ceux cités dans le Verset  23 de la Sourate des Coalisés : "Il est des hommes parmi les croyants qui ont  tenu leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont accompli leur destin.  D’autres attendent (leur tour). Ils n’ont jamais varié (dans leur attitude ni leurs convictions)". Le regretté Mouloud Kacem Naït Belkacem était un homme de principes  et de positions. Il avait des qualités rarement réunies en un seul homme. Il  était connu pour sa fermeté, son courage, sa culture et sa loyauté à la patrie  et aux amis. Ses qualités, ô combien nombreuses, seront certainement  évoquées de manière exhaustive par les chercheurs et les spécialistes  lors de ce colloque.  Permettez-moi maintenant chers frères, même si je sais que, dans mon  intervention, je ne vous apporte rien de nouveau sur Si Mouloud, de le remémorer  avec vous au travers de quelques anecdotes, qui me viennent à l’esprit, pour  dire toute l’affection et l’amitié que j’ai pour lui.         
"Permettez-moi, en cet hommage qui lui est rendu, de l’interpeller en  ami et comment ne pas l’évoquer en tant que tel, moi qui t’ai bien connu cher ami après l’indépendance. Tu as côtoyé tous les dirigeants de la révolution  et les personnalités algériennes, soient-ils gouvernants ou opposants. Ami de  tous, tu veillais à ne prendre aucun parti, optant souvent pour la réserve,  tu écoutais tout le monde sans préférence et tu n’intervenais que pertinemment.
- En dépit de ton calme apparent et de ton sourire éternel, expression  d’un sens très fin de l’humour, tu étais, et je l’atteste, farouchement attaché  à tes idées et inflexible dans tes positions.        
Les traits de ton visage se crispaient lors des débats et autres échanges  oratoires mais sans jamais offenser personne. Tel un souverain du haut de son  trône, tu restais, dans tous les cas de figure, noble car fort de tes certitudes  et convictions que tu étayais par des preuves indéniables et argumentais par  des références solides.        
Je te revois encore dans ton vieux manteau bleu, compagnon de tes jours  heureux et malheureux comme s’il était une partie intégrante de ta personnalité,  ô combien humble et modeste.         
Tu as des amis qui t’aiment et t’apprécient certes mais tu as aussi  des contradicteurs qui, loin de te haïr, te respectent tant tu étais mystérieusement  attachant. Toujours entouré d’ouvrages, de magazines, de publications et de  dossiers divers, je me demande encore comment tu te retrouvais dans cet enchevêtrement du savoir.
Cependant, fidèle à toi-même, tu as toujours été au rendez-vous,  lorsque tu étais sollicité pour une contribution sur un quelconque sujet.        
Quotidiennement, sur le chemin de retour du bureau au domicile, tu portais  une lourde pile de journaux d’expression arabophone, francophone, anglophone,  germanique et même suédoise, et je m’interroge encore où tu puisais, chaque jour  sans lassitude, cette force pour prendre à bras le corps toutes les misères  du monde relatées à travers tant d’informations tristes et accablantes, comme  si, tel Jésus sur le chemin de croix, tu portais sur toi les souffrances  de l’humanité.      
Tu étais entouré d’un petit cercle d’amis dont tu appréciais la compagnie mais la plupart t’ont rejoint auprès de l’Eternel comme Mohamed Chérif Salhi,  le Dr Azouz El Khaldi et Malek Benabi. Te rappelles-tu Mouloud, ce jour où nous nous sommes retrouvés au  sud du Yémen et où nous avons rencontré des frères de Hadramaout parlant un  dialecte qui nous a ébahis l’un comme l’autre. Et, interloqué, tu disais : "je  comprends leurs propos, j’ai saisi tout ce qu’ils ont dit mais je ne saurais dire si c’est grâce à la grande connaissance de la langue arabe, dont Dieu m’as  gratifié, ou à ma parfaite maîtrise du tamazight comme tu le sais".
"Te souviens-tu, cher Mouloud, ce soir lorsque nous étions à Laguera  au Sahara Occidental, tout près de Nouadhibou en Mauritanie. Tourmenté par  l’identité des Sahraouis, tu demandais à ce vieil homme propriétaire d’un magasin,  êtes-vous originaires du Maroc ou de la Mauritanie?
Il répondit alors, sans  hésitation aucune, comme s’il s’attendait à la question : ni de l’un ni de l’autre,  nous sommes de Ouled Delim de la péninsule arabique. Avide de savoir que tu étais, tu posais des questions dont la précision en embarrassait parfois plus  d’un.  Te souviens-tu lorsque nous étions à Hanoi, alors que le général Vo Nguyên Giàp expliquait, sur une carte, à la délégation algérienne, le déroulement  de la bataille de Dien Bien Phu, puis, hésitant, il lança, un tant soit peu  gêné, en désignant une plaine :  "Chers frères, nous avons tant enduré sur  cette plaine face aux résistants". Il observa ensuite un long silence qui traduisait  cette vertu des asiatiques qui consiste a estimer les hommes à leur juste valeur,  même en cas de conflit voire de guerre.  
"Tu lui avais demandé alors :  "Pourquoi la résistance était-elle si  cruelle ?". Et si seulement tu pouvais ne pas soulever une telle interrogation  pour qu’il ne te réponde pas. Il se retourna vers toi, avec, sur le visage,  un large sourire qui trompait une certaine amertume et dit : "Parce que les  soldats étaient des Maghrébins, mon ami". Il voulait dire bien sûr qu’ils  étaient Algériens.
"Que de fois, cher frère, tu nous as surpris. Nous apprenions tant de  choses grâce à tes questions ô combien précises. Ton avidité de savoir ne  trouvait satisfaction que dans l’étendue de la science, et tu étais conscient  que Seul Dieu Le Tout-Puissant détient le savoir absolu.    
Je te vois encore au Comité Central du glorieux parti, dénoncer, à  partir de ton siège, les dérives et les manœuvres malsaines d’où qu’elles provenaient.  Tu ne cessais de nous avertir et de nous mettre en garde.
Des mises en garde  qui étaient presque des présages.
Ce que tu avais prédit, comme par inspiration  divine, n’est-il pas finalement une fatalité.  Ton nationalisme ardent, ton amour et ta maîtrise de la langue  arabe, t’ont amené à mettre à nu les visées et les desseins, et à les critiquer  sans euphémisme, toléré par tant de termes conventionnels dont foisonnent tous  les dictionnaires. Tu rejetais ces termes auxquels tu en  substituais d’autres  qui traduisent les faits et la réalité, pour dévoiler au grand jour les véritables  objectifs. Tu n’as jamais accepté les mots dénaturés délibérément de leur portée  et leur sens, par le colonialisme. Tu as tenu alors à remplacer le ter
me colonisation par dévastation et c’était là le mot propre, car cette colonisation n’était  en fait qu’une vile entreprise de destruction. Ce terme fut largement usité  par ceux qui refusent les mots détournés de leur sens.
Et tu avais bien raison  car tu as su transmettre le message aux générations futures.
"Cher ami, mon intérêt pour toi était plus grand que tu ne pouvais croire. Je suivais tes nouvelles auprès d’amis sincères qui étaient tes compagnons  dans ton village éloigné et de ceux qui avaient étudié avec toi à Tunis et au  Caire.
Nous t’évoquions souvent et ils me narraient alors tes qualités. Un de  tes adeptes et qui est également un de mes plus proches amis, m’a raconté ta  révolte contre l’étranger encore enfant dans ton village.     
Il m’a raconté tes séjours répétés dans la prison d’Akbou pour avoir  crié haut ton amour pour ta patrie et pour avoir exhorté tes pairs, à l’école,  à ne pas porter les couleurs de l’occupant. Des drapeaux que vous étiez contraints  de lever dans les fêtes nationales. Il m’a raconté comment tu affichais ton  adhésion au mouvement national au grand dam des autorités coloniales qui t’infligèrent  le plus rigoureux des contrôles dans tes déplacements voire même dans tes haltes,  mesure qui ne concernait que les grands leaders.         
Et cet autre incident avec un enseignant d’histoire au Caire auquel  tu racontais les affres coloniaux subis par ton pays et comment le colonialisme  a tenté,  par tous les moyens d’aliénation, d’annihiler son identité et son  histoire.
Cet enseignant auquel tu avais montré ton passeport pour prouver tes  dires t’avait répondu à ta grande surprise :"tu as le passeport et la nationalité  française, quelle chance". Une telle réponse t’indigna d’autant plus qu’elle  émanait d’un enseignant d’histoire. Ta fureur fut telle que tu étais prêt à  le battre s’il ne s’était pas éclipsé. Pendant des années tu n’as pas adressé  la parole à cet enseignant, pourtant si avenant.                    
Cet ami m’a longtemps parlé de ton parcours sain et vertueux. Contrairement  à tes compagnons qui succombèrent à quelques douces folies de la jeunesse, toute  ta vie fut dévouement et abnégation.   Mouloud, cher frère, subsiste-t-il encore au fond de toi le moindre  souci maintenant que tu constates les changements survenus dans ton cher pays ? 
Te poses-tu encore des questions dont tu attends inlassablement les réponses ?  Es-tu heureux de voir que ton pays se réconcilie, qu’il resserre ses rangs et qu’il s’applique à conjuguer ses efforts pour amorcer son développement global,  retardé des années durant par les affres du terrorisme? Ou peut-être qu’au terme de toutes ces années de tourmente de telles questions n’effleurent plus ton  esprit qui a enfin trouvé le repos éternel.      
Puisse Dieu Le Tout-Puissant accorder sa sainte miséricorde à notre grand regretté Mouloud Kacem et l’accueillir en son vaste Paradis parmi les fidèles et les sincères

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Published by Abdelaziz Bouteflika - dans Culture
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