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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 00:00

Fadhma N’Soumer

Témoignages de femmes récoltés par Mohand Ferratus

Fadhma N’Soumer est l’héroïne de la résistance à l’occupation de la Haute Kabylie par les armées du Maréchal Randon, au cours des années 1850 à 1857. Lalla Fadhma N Soumer est originaire du village d’Ouerja.

Née vers 1830, elle est, d’après la tradition orale, d’une grande beauté. De souche maraboutique, sa liberté est restreinte. A cette époque, le bigotisme ambiant ne favorise certainement pas les expressions de la séduction et les enthousiasmes juvéniles.

Très tôt, on veut la marier ... Se présentent à elle plusieurs prétendants. Elle n’en accepte aucun. Prise pour folle ou possédée, on l’enferme dans un réduit, certains disent, une semaine, d’autres plus !

A sa sortie du "placard", elle est métamorphosée, d’aucuns diront trauma !

En fait, Dieu lui a révélé sa foi, son esprit est ailleurs. Sa famille ne se rend pas compte immédiatement du changement intervenu en elle et lui serine : "marie-toi, marie-toi !"

C’est sous la pression familiale qu’elle épouse son cousin. Comme seule arme de défense, elle décide de ne pas consommer le mariage. Après 30 jours, la belle-famille et le mari, excédés, la ramène à ses parents. Le village la met en quarantaine ainsi que sa famille.

C’est à cette époque qu’on assiste à une deuxième métamorphose perçue par certains comme une aggravation de son état.

Prise pour folle, on la laisse tranquille. La journée, elle décide d’arpenter la montagne et ne revient qu’au couché du soleil. Elle découvre la "grotte du Macchabée", ainsi nommée par les Français, parce qu’on y a découvert un squelette momifié.

Après quelques temps, elle étonne tout le monde en annonçant sa décision de rejoindre son frère (marabout) exerçant ses talents de cheikh au village de Soumer. Son frère accepte sa présence et elle reste dans son ombre, tout en se mettant à étudier le Coran et l’astrologie ...

L’ayant acceptée, les habitants du village s’habituent à ses "excentricités", lui vouant même un certain respect. Ils apprécient son intelligence et remarquent le talent, équivalent à celui de son frère, en ce qui concerne les prédictions, la résolution des litiges et la capacité d’attirer de favorables augures.

Mais la nuit, elle rêve, elle hallucine ...

Un jour, elle se confie à son frère et, peu de temps après, elle convoque les villageois sur l’agora et leur annonce : "chaque nuit, je vois des hordes farouches qui viennent nous exterminer et nous asservir. Nous devons nous préparer à la guerre !" Prenant ses dires très au sérieux, des émissaires parcourent alors toute la Kabylie pour mobiliser les hommes contre l’envahisseur français qui s’annonce.

On dit que c’est un jour de 1852 que Lla Fatma N’Soumer a reçu cette révélation.

*****

1830 : les Français débarquent à 15 kilomètres à l’ouest d’Alger. Il leur faudra attendre 1846 pour atteindre et conquérir Tizi Ouzou dont la prise leur garantit l’accès à la Kabylie maritime et au massif du Djurdjura. Les troupes françaises sont commandées par le Maréchal Randon, futur ennemi de Lla Fatma.

La tactique française est de livrer bataille, affaiblir les Kabyles, verrouiller les accès pour n’occuper le terrain avec des garnisons que des mois plus tard.

Le Maréchal Randon tente de corrompre une tribu. Il leur demande de laisser passer ses troupes contre rétribution et promesse de non agression. Le comité des sages lui répond : "nous restons sourds aux paroles de trahison". Depuis, cette tribu porte le surnom de AAzzugen ou "les sourds".

Les Français décident alors de remettre à plus tard leur attaque et pacifie la région de Tizi Ouzou. Mais en 1854, ils reviennent à la charge ...

A la même époque apparaît l’homme à la mule, un genre de "moine-combattant". Sa mule annonçait l’approche de l’ennemi en tapant furieusement des sabots. Il rencontre Lla Fatma à Azazga et on dit qu’ils tombèrent amoureux.

Une romantique histoire aurait pu naître, entre une Maraboute et un prédicateur si Lla Fatma avait été divorcée ... Un nombre incalculable d’intercesseurs tentent de faire entendre raison au mari rancunier de Lla Fatma, mais rien n’y fait !

Le Maréchal Randon, toujours déterminé, va lancer son offensive en juin 1954. Il arrive à battre les troupes de Lla Fatma et occupe Azazga. Elle se réfugie dans la haute montagne, avec l’homme à la mule ...

Il s’en suit un série de batailles finalement gagnées par les Français mais, fidèles à leur tactique, ils retirent leurs troupes : Icheridden, Lrbaa Nath Irathen et plus tard, Fort National.

Juillet 1854, c’est la bataille des Ait Khlef, la clé du passage vers la tribu des "Ait-menguelet", qui ont vaillamment combattu mais se sont fait tanner comme les autres ...

*****

Lla Fatma se retire toujours plus dans la montagne (vers Iferhounen et Illilten). Elle se retrouve, en fait, près de son village d’origine. A ses côtés, toujours le moine. La guerre continue.

Le lieu choisi pour la prochaine rencontre avec les Français s’appelle Tachkirt et la bataille aura lieu en juillet 1854.

Cette fois, les Kabyles arrivent à contenir l’ennemi et à lui infliger ce qu’on peut appeler une défaite. Le Maréchal Randon se replie sur Tizi Ouzou avec ses troupes et, ce coin de la montagne ne reverra les Francais que deux ans plus tard pour une revanche.

Pour le Maréchal Randon, la prochaine attaque, doit être le coup de grâce ! Et le 24 mai 1854 c’est un corps expéditionnaire, doté en artillerie lourde et déterminé, qui s’ébranle de Tizi Ouzou.

Le 25, la bourgade de l’Arbaa n’ Ath Irathen est prise. Elle est renommée Fort Napoléon en l’honneur de l’Empereur puis Fort National au moment de la Troisième République. C’est à 15 kilomètres de là, à Icherriden que se scellera l’avenir de la Kabylie : le lieu de la bataille finale.

L’amoureux de LLa Fatma y participera puis s’exilera en en Syrie.

Le combat a lieu dans les derniers jours de mai 1857, une belle boucherie et la débâcle pour les Kabyles.

C’est l’heure du découragement, beaucoup de paysans-soldats kabyles se démobilisent et retournent dans leur foyer. Lla Fatma, elle aussi, voit son ardeur vaciller. Elle trouve refuge dans un village du nom de Takhlidjt Ath Assou où elle tente un moment de se faire oublier.

Mais les Français ont payé des espions pour savoir où elle se trouve et la faire, soit enlever, soit assassiner. Le Maréchal Randon sait que la troupe de Lla Fatma est découragée, démobilisée, que la population est fatiguée par la guerre et qu’elle souffre de faim. Il fait une offre de reddition à Lla Fatma N’Soumer.

L’histoire, ici, emprunte deux chemins : il est vrai que le Maréchal envoie le capitaine Ferchaux, chargé d’approcher Lla Fatma. Certains disent qu’elle s’est rendue à cet émissaire. D’autres qu’en s’approchant par surprise du village de Takhlijdt, où il ne reste guère que des femmes et des enfants, le Capitaine a pu enlever Lla Fatma et la livrer au Maréchal Randon.

Il n’en reste pas moins que c’est en cet été 1857 que Lla Fatma se retrouve face au Maréchal dans sa tente et qu’il s’écrie « voilà donc la Jeanne d’Arc du Djurdjura. »

Lla Fatma est confiée à la garde d’un Bachagha, notable allié des Français. Elle vivra dans une zaouia : confrérie maraboutique, recluse, dans la région de Tizi Ouzou. Elle mourra 6 ans plus tard à l’âge de 33 ans. Les Français exigèrent des Kabyles l’équivalent de 30 millions de franc or de tribut de guerre. Ce qui n’est pas rien pour une population somme toute pauvre. Les hommes furent exilés à Cayenne, Madagascar et en Nouvelle Calédonie ou il reste encore des descendants de ces Kabyles.

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Published by Témoignages de femmes récoltés par Mohand Ferratus - dans Histoire
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commentaires

bell 21/09/2008 17:25

Je ne sais toujours pas la cause de la falsification de l'histoire au sujet de son lieu de décès.Elle a été mise en résidence surveillée chez le bey  MAHIEDDINE à EL AISSAOUIA , commune de la daira de Tablat  . Sa tombe est en travaux de restauration tandis que son corps a été exhumé et réentérré au carré des martyrs d'El  Alia (ALGER).
http://tablat.com/article-250770.html
ps/ Je te laisse le soin de reflechir sur le pourquoi de la falsification de son lieu de decès.La voix off du feulleton sur sa vie a terminé ainsi:"mise en résidence surveillé dans une région de l'Algérie????"

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