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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 00:00

Colonel Mohand Oulhadj (AKLI Mohand Oulhadj)

RACHID ADJAOUT, ANCIEN OFFICIER DE L’ALN TÉMOIGNE
«Ce que je sais de Si Mohand Oulhadj...»
23-01-2005 - Page : 14

Pour ma part, je tiens à saluer ces deux compagnons de la lutte de Libération nationale pour leur témoignage, ô combien émouvant, sur cet illustre héros que l’histoire semble avoir mis aux oubliettes comme tant d’autres d’ailleurs... Ayant vécu une longue période de la lutte de Libération nationale avec Si Mohand Oulhadj, je me sens dans l’obligation morale de livrer moi aussi, quelques témoignages sur ce « vieux», nom que tous les maquisards qui le côtoyaient lui avaient respectueusement donné.
J’ai connu Si Mohand Oulhadj lors du congrès de la Soummam et depuis jusqu’au cessez-le-feu, nous avons vécu ensemble des périodes mouvementées, jalonnées de moments de joie, de gloire et parfois de détresse, mais nous n’avons jamais douté de l’issue finale de notre combat. Il était très heureux d’avoir été promu commandant, adjoint direct du colonel Si Mohammedi Saïd (Si Nacer) puis de Si Amirouche ; à ce titre, il se dépensa sans répit pour mettre en place les résolutions du congrès de la Soummam et participa à toutes les phases de la structuration et de l’organisation de la Wilaya III. Il était très lié avec Si Mohammedi Saïd, homme pieux comme lui et ayant approximativement le même âge.
Dès le départ de Si Nacer en Tunisie au cours de l’année 1957, Si Amirouche le prit comme adjoint de wilaya et fit de lui son homme de confiance. A la mort de Si Amirouche en 1959, Si Mohand Oulhadj assura l’intérim de chef de la Wilaya III jusqu’à sa nomination définitive par le Gpra en qualité de chef de wilaya. A ce titre, il assuma ses responsabilités ès qualité jusqu’au cessez-le-feu.
Au cours des années 1957 et 1958, il était le plus heureux des hommes car un convoi d’armes et de munitions, venant de Tunisie, parvint à nous avec peu de pertes parmi nos hommes. 1957 et 1958 étaient aussi les années glorieuses de l’ALN qui moissonnait les victoires sur à peu près tous les champs de bataille. C’était aussi la période où les forêts d’Akfadou, Tigrine, Bounaâmane et Atrouche se remplissaient d’unités de l’ALN, où chacune venait exhiber devant les responsables son lot d’armes récupérées sur l’adversaire.
Au poste de commandement de la Wilaya III qui se trouvait du côté de «Tamda Taberkants» ou Atrouche, les discussions nocturnes étaient longues dans les huttes de bois, sous un froid glacial autour d’un plat de lentilles (lorsqu’il y en avait). Je me rappelle, un souvenir vivace et profond, les encouragements que nous prodiguait le «vieux» tout en écoutant les commentaires de Geniève Taboui sur une chaîne de radio française.
C’est là aussi que j’ai eu à connaître et à apprécier le courage du jeune Amar Azouaou appelé le « petit Amar » à cause de son jeune âge ; il ne se séparait pas de sa machine à écrire et était le boute-en-train de tant d’autres jeunes Si Ouali Aït Ahmed, Saâda, Messous, Si Hamel Lamara, Si Youcef Benabid, Si Smaïl, Si Salah Mekacher, Si Amardjia...
Que mes compagnons moudjahidine dont j’ai oublié le nom m’excusent car nous faisions tous partie de cette élite qui entourait Si Mohand Oulhadj et avant lui, Si Amirouche. Tous intellectuels, ils composaient le service de presse de la Wilaya III ou le secrétariat du poste de commandement que dirigeaient d’une main de maître Si Tahar Amirouche et Si Hocine Salhi. C’était aussi la période où des compagnies entières de jeunes étudiants étaient envoyées en Tunisie pour la poursuite de leurs études et nombreux sont de nos jours de hauts cadres de la nation ou des généraux de l’ANP.
Ensuite, les convois d’acheminement d’armes se succédèrent et de nombreux moudjahidine qui partaient les mains vides pour ramener des armes de Tunisie, mouraient en cours de route ou au retour. La ligne «Maurice/Challe» décimera des milliers de nos moudjahidine, mais nos jeunes continuèrent à se sacrifier pour le pays sur cette barrière infranchissable.
A la mort de Si Amirouche, Si Mohand Oulhadj a été très affecté par la mort de ce valeureux responsable. Il lui a fallu des efforts surhumains pour remonter le moral de ses troupes et de la population, l’adversaire profite de cette perte pour lancer des opérations de plus en plus meurtrières sur l’ensemble de la Wilaya III. L’opération «Jumelles» déclenchée par le général Challe, commandant en chef des troupes françaises en Algérie, le 22 juillet 1959, décima des unités entières de l’ALN ; les cadres moururent les uns après les autres, mais l’ennemi ne vint jamais à bout de notre résistance malgré toute l’armada qui a été déployée.
Le général de Gaulle s’illustra par plusieurs tournées en Kabylie et du haut du «PC Artois» au col de Chellata, lança sa «fameuse» paix des braves qui n’eut aucun résultat. C’est aussi en cette période que l’adversaire lança des opérations de noyautage de l’ALN (affaire de la bleuite) qui causèrent beaucoup de dégâts dans les rangs de l’ALN. A cette opération de déstabilisation s’ajouta une autre affaire de dissidence montée par quelques officiers de la région 4 ; mais cette dernière affaire fut vite réglée par la clairvoyance de Si Mohand Oulhadj et de quelques cadres qui servirent d’intermédiaires entre les différents belligérants.
N’étant pas parvenu à écraser la Wilaya III par les armes et la déstabilisation psychologique, le général de Gaulle tenta une dernière diversion en envoyant comme émissaire le colonel Si Salah alors chef de la Wilaya IV auprès de Si Mohand Oulhadj. Faut-il rappeler que Si Salah a voulu négocier «la paix des braves» avec les autorités françaises qui lui demandèrent de rallier à sa cause les responsables de la Wilaya III? Si Salah, dès sa sortie de l’Elysée, est venu discrètement faire ses offres à Si Mohand Oulhadj qui, imperturbable, le renvoya en lui conseillant de poursuivre la lutte armée jusqu’à la victoire finale malgré toutes les pertes subies.
Dans cet univers de violence et de coups bas, les populations payèrent le plus lourd sacrifice à la révolution, des villages entiers ont été détruits et les populations sorties indemnes étaient regroupées dans des centres entourés de barbelés où l’officier SAS régna en maître des lieux en distribuant au compte-gouttes des tickets de rationnement.
La Wilaya III connut à partir de la fin de l’année 1959 sa descente aux enfers ; plus de 80% de l’ALN et de ses cadres furent décimés au cours de l’opération «Jumelles» et la résistance à l’ennemi devint aléatoire ; les djounoud ne recevaient plus d’armes et de munitions de l’extérieur, ils devaient coûte que coûte survivre et tenir le plus longtemps possible face à l’armée française et à ses commandos de chasse constitués de harkis et d’officiers français.
Dans ce contexte, l’ALN perdait du terrain, mais l’action diplomatique, elle, en gagnait, avançait même à pas de géant alors que les manifestations de décembre 1960-1961 en Algérie et en France réussirent à imposer une nouvelle tournure à la guerre, ce qui obligea la France à tenter des négociations avec le Gpra. Ce fut un réconfort inestimable pour les moudjahidine, et les gens avertis voyaient venir la fin du calvaire.
A la même période, un événement important s’est produit : j’étais alors responsable du PC des transmissions qui se trouvait dans la forêt d’Atrouche et nous possédions un poste émetteur-récepteur de type «Angrc.9» assez puissant pour émettre jusqu’au Caire ou plus facilement avec les bases de l’Est (Ghardimaou ou Nador) au Maroc. Ce poste nous a été envoyé par Si Abd Elhafid Boussouf du Maroc avec 3 opérateurs radio, un jeune Tlemcénien Tayeb et deux autres djounoud de la région dont Nourredine Khodja. Nous étions en contact permanent avec l’extérieur et en plus, nous nous servions de ce poste pour diffuser nos communiqués et très brièvement de la propagande car on craignait d’être repérés par l’ennemi grâce à leur gonio aérienne qui sillonnait la région.
Si Abd Elhafid Amokrane, éminent orateur, était chargé de cette mission de propagande et à force d’utiliser le poste, nous avions régulièrement droit aux bombardiers B.26 qui larguaient leurs bombes sur la région et aux salves d’artillerie lourde à partir du poste d’Acif-El-Hamam.
Nos jeunes opérateurs nous avaient bien mis en garde: il fallait réduire nos émissions au strict minimum de messages chiffrés. Notre code était à la portée des services français; à ce sujet, des mesures draconiennes ont été prises mais le danger était en fait à côté de nous sans que personne ne s’en rende compte.
L’utilisation de ce poste se faisait de deux manières, soit avec la génératrice, soit avec de grosses piles de 90 volts qui étaient introuvables. Un semblant d’opération militaire française a été déclenchée du côté de Larbaâ Nath Irathen et une pile piégée de 90 volts, celle justement qui nous manquait, une pile d’origine de Angrc-9 a été abandonnée sur le terrain ; elle a été trouvée et remise au commandant Si Ahcène Mahiouz par des citoyens, lequel l’a transmise au PC des transmissions. Par manque de ces piles d’origine, nos opérateurs ont modifié les fiches d’adaptation depuis déjà longtemps afin d’utiliser des piles civiles que les zones nous envoyaient. Nous avions un petit stock dans un abri et cette pile d’origine, tombée des cieux, nous la laissâmes de côté et en réserve pour une éventuelle pénurie. Entre-temps, elle me servit pendant quelques mois d’oreiller dans notre refuge sans me rendre compte que je dormais sur 2 kg de TNT.
Un jour, Si Mohand Oulhadj et Si Abdelhafid Amokrane étaient de passage au PC. Ils avaient l’intention d’y passer la nuit en notre compagnie comme ils avaient d’ailleurs l’habitude de le faire. Pour compléter la «djemââ» Si Mohand Oulhadj me demanda d’aller chercher le docteur Si Ahmed Benabid qui était dans son infirmerie à quelques encablures de là. Au retour, nous entendîmes une très forte explosion du côté d’où j’étais parti ; nous accélérâmes le pas et quelle ne fut notre horrible surprise lorsque nous découvrîmes des tôles de zinc éparpillées sur des centaines de mètres ; nos trois opérateurs furent déchiquetés par la déflagration et des morceaux de chair étaient accrochés aux arbres. Si Mohand Oulhadj et Si Abdelhafid Amokrane étaient grièvement blessés et se trouvaient projetés loin, gémissant sans secours dans cette immense forêt. Ils reçurent les premiers soins du Docteur Benabid et nous les emportâmes aussitôt à l’infirmerie de la Wilaya.
Plus de message, plus d’émission, plus de B.26 non plus. Tout contact avec l’extérieur était terminé, malgré l’apport d’un poste émetteur que Si Abderrahmane Mira nous ramena de Tunisie car nous n’avions plus d’opérateur radio.
Si Abdelhafid Amokrane et Si Mohand Oulhadj me racontèrent par la suite qu’en voulant entrer en contact avec le colonel Si Nacer alors chef d’état-major à Ghardimaou, les opérateurs radio ont voulu utiliser la pile qui me servait « d’oreiller », elle explosa entre leurs mains, quant à nos deux responsables, ils garderont définitivement les séquelles de leurs profondes blessures.
Lorsque le cessez-le-feu fut annoncé, nous nous sommes retrouvés ensemble dans cette forêt d’Akfadou qui nous a abrités pendant de si longues années. Personne ne croyait plus à ce miracle et ce jour-là, il y avait plus de larmes que de joie sur nos visages.
Le 19 mars 1962, au matin, nous étions tapis du côté de Tigounatine lorsque, pour la dernière fois, deux avions T.28 vinrent larguer leurs dernières bombes pas loin de l’endroit où nous étions : il était 11h45, nous sommes restés au même endroit, attendant la suite des événements jusqu’à fin avril. Le cessez-le-feu semblait respecté partout et Si Mohand Oulhadj qui avait reçu un message du «Rocher Noir» nous ordonna de monter au village le plus proche du côté d’Azazga, «Chorfa».
Nous étions une quinzaine de maquisards et nous nous mîmes à marcher par cet après-midi brumeux à travers la forêt lorsque nous fûmes surpris par des rafales d’armes automatiques: notre vieux cuisinier tomba, touché à mort. C’était le capitaine Si Amira qui venait en sens inverse et qui tira sur nous par mégarde croyant apercevoir une unité de l’armée française. Le destin a voulu, que ce vieux compagnon, qui nous a servi ses plats durant toute la guerre de Libération, ne partage pas avec nous la joie des fêtes de l’indépendance, tué par les siens! Ironie du sort! Une fois à Cheurfa, les liaisons se sont succédé avec «Rocher Noir» (actuellement Boumerdès). Nous étions enfin au milieu du peuple et nous eûmes droit à tous les honneurs.
Si Mohand Oulhadj convoqua son comité de wilaya pour consultation et au cours de la journée, un hélicoptère de l’armée française en provenance de Boumerdès vint se poser au village. A son bord, le colonel Allahoum, et quelques officiers de l’ALN. Ils nous avaient ramené tout un stock des accords d’Evian que nous devions distribuer aux zones pour application et en même temps ils devaient prendre les noms des officiers de la Wilaya III, qui devront siéger dans les différentes commissions de cessez-le-feu. A ce titre, je fus désigné avec Si Hamel Lamara comme représentant de la Wilaya III des sous-commissions locales devaient être également installées au niveau des zones.
Le colonel Allahoum et Si Mohand Oulhadj nous donnèrent lecture du contenu des «Accords d’Evian» et insistèrent sur leur stricte application ; nous devions faire face aux officiers français sans complexe et rendre compte de toutes les difficultés rencontrées. Après quoi, la délégation venue du Rocher-Noir devait repartir en fin de journée ; malheureusement, une épaisse brume est venue couvrir la région et l’hélicoptère ne put repartir: c’est ainsi qu’avec les deux pilotes français nous passâmes la nuit à Cheurfa après avoir mangé autour de la même table. Dans le courant de la nuit, des blindés sont venus en renfort d’Azazga pour assurer la sécurité de l’hélicoptère et de ses occupants. Le lendemain, à la faveur du beau temps, l’hélicoptère décolla avec ses passagers et Si Mohand Oulhadj nous acheta à Tizi Ouzou deux tenues civiles à Si Lamara et à moi-même.
Nous avions pour instruction de prendre attache avec un général français à Tizi Ouzou en ce qui concerne Si Lamara et un autre à Aïn-Arisa, (Sétif) par mon intermédiaire. Des «laisser-passer» en qualité de membres de commission de cessez-le-feu nous furent remis.
Pour ma part, je fis appel à Si Ahmimi Bencheikh de Seddouk pour venir me chercher et me déposer à Aïn Arnat en compagnie du commandant Si Ahmimi Fedal. A peine sortis d’Azazga, sur la route nationale, on se heurta à un barrage de l’armée française; surpris, nous ne savions quoi répondre aux soldats qui nous demandaient nos pièces d’identité. Je me suis souvenu alors du laisser-passer que j’avais en poche et tout fièrement je l’ai exhibé; le soldat se mit tout de suite à appeler ses camarades en criant: «Venez voir un fellaga.» Un capitaine qui se trouvait non loin de là vint à sa rescousse et par curiosité me posa quelques questions oubliant du coup le commandant Si Ahmimi, assis à mes côtés. Le soldat qui avait insisté pour la présentation des pièces d’identité s’éclipsa devant son capitaine qui lui fit savoir que le «fellaga» en question parle peut-être mieux que lui le français ; il nous salua et nous ouvrit la route.
Au carrefour de «Bourbatach» (au-dessus d’El Kseur), nous eûmes droit au même scénario devant un barrage de soldats français, mais nous ne rencontrâmes pas de difficulté et nous continuâmes notre route jusqu’à Takerietz, où un gros camion surgissant d’un tournant nous éjecta hors de la route, dans un fossé, ne causant que quelques dégâts à la voiture de Si Ahmimi Bencheikh. Le commandant Si Ahmimi Fadel, énigmatique comme d’habitude, observa : «La France ne nous a pas tués durant sept années de guerre et aujourd’hui nous avons failli périr dans un fossé». Par précaution, je ne me rendis pas directement chez moi à Seddouk et nous avons préféré être déposés au village de Takaatz.
Ce n’est qu’à la nuit tombée que je rentre à Seddouk, à la joie et à la surprise de toute ma famille qui sanglotait en me prenant dans ses bras ; mais parmi ces membres, un personnage important, mon père, manquait. Je compris tout de suite le grand silence qui répondit à ma question: «Où est mon père?» J’appris par la suite qu’il est décédé des suites des tortures subies au camp «DOP» de Béjaïa. La fête fut bien sûr gâchée et le lendemain, j’ai continué ma route sur Sétif. Dès que je me suis présenté à la base militaire d’Aïn-Arnat, je fus «royalement» reçu par le général commandant la 19e division d’infanterie.
Il était flanqué de quelques officiers dont un colonel et un commandant qui feront partie de la commission de cessez-le-feu. Nous discutâmes d’un peu de tout mais particulièrement du respect des «Accords d’Evian». Le général me demanda d’installer mon PC non loin de la base pour des commodités évidentes. Je lui ai proposé alors la maison de Laouamri qui se trouvait à quelques kilomètres de là, dans le petit village d’Aïn-Messaoud que je connaissais déjà pour y avoir séjourné pendant la guerre.
Aussitôt, le commandant Goussot, avec une équipe de soldats, m’accompagnèrent au village et une ligne téléphonique militaire fut installée entre Aïn-Arnat et Aïn-Messaoud. Tous les moyens ont été mis à ma disposition, dont un véhicule et un hélicoptère. Depuis ce jour, les contacts furent permanents entre nous et nos rapports étaient des plus conviviaux. Chaque réunion ou chaque déplacement était sanctionné par un procès-verbal conjointement signé.
Pour les premières missions, nous nous sommes surtout préoccupés de la libération des détenus qui se trouvaient dans différents centres d’internement et particulièrement celui de Ksar-Tir. La première visite de la commission, en présence cette fois du représentant de la Wilaya I, le capitaine Douadi Benali, nous avons obtenu la libération de plus de 700 prisonniers issus de différentes régions du pays.
Nous n’avons pas eu de gros problèmes à résoudre durant la période précédant le référendum d’auto-détermination. Il n’y a eu que quelques petits incidents dans la vallée de la Soummam et du côté de Tichy entre des unités de l’ALN et l’armée française, sans gravité, car nous intervenions très rapidement sur les lieux et les choses rentraient dans l’ordre.
Le gros problème que nous avons eu à résoudre à cette époque, c’était le départ des unités de l’armée française car à chaque fois, il fallait faire un état des lieux, établir des plans, signer les procès-verbaux et remplacer les unités de l’armée française par une unité de l’ALN ou tout au mieux assurer le gardiennage des lieux. Parmi les grandes bases que j’ai eu à réceptionner, citons l’émetteur de télévision de Megris sur les hauteurs de Sétif, la nouvelle piste d’atterrissage de l’aérodrome de Béjaïa non achevée ainsi que plusieurs casernes.
J’ai eu à traiter, comme me l’avait recommandé le colonel Si Mohand Oulhadj, de l’affaire de la récupération des corps des colonels Si Amirouche et Si Lhouès. La demande écrite de ma part à la partie française est restée lettre morte mais des assurances verbales m’ont été données à savoir que les corps ont été enterrés à Boussaâda et qu’il faudra faire revenir sur les lieux le commandant de ce secteur pour nous indiquer l’endroit exact. Les membres français de la commission ne voulaient pas s’engager dans cette affaire et nous répondaient souvent que l’on pouvait nous adresser aux citoyens de la région, faisant par là, allusion aux harkis qui avaient assisté à l’accrochage et qui pouvaient nous montrer l’endroit précis. C’est ce qui a été fait d’ailleurs quelques dizaines d’années après.
Pour ma part, j’ai rédigé dans ce sens un compte-rendu détaillé de mes démarches au colonel Si Mohand Oulhadj qui en a transmis une copie au ministère de la Défense.
Ce modeste témoignage s’adresse à la jeunesse de ce pays, à tous les vivants qui ne connaissent que partiellement l’histoire de la glorieuse révolution algérienne, aux compagnons de la lutte pour la Libération nationale accusés parfois de n’avoir rien dit, rien écrit pour la connaissance réelle de ce que furent sept années de guerre.
A notre «petit Amar» mais aussi grand que la majestueuse forêt d’Akfadou.
A Si Makhlouf, le sage fils de Si Mohand Oulhadj, je dis en votre nom à tous au «vieux père» de tous les moudjahidine qu’il repose en paix et que bientôt, nous le rejoindrons pour achever ce récit dans la stricte intimité de l’Au-delà.



Rachid ADJAOUT

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Published by Rachid ADJAOUT - dans Histoire
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