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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 00:00

AURES : Révolte de 1916 Par : Ammar NEGADI A titre indicatif : Le Centre Mac—Mahon / Aïn Touta créé en 1872 avait une superficie de 922 hectares répartis en 20 lots agricoles de 24 ha, soit 480 ha. Reste 442 ha divisés en deux lots industriels. Quant à la commune proprement de Mac-Mahon elle avait une superficie de 283 852 ha occupée par 391 français et 34 066 «indigènes». Sur ces bases, on peut faire un calcul simple qui démontre que la colonisation avait divisée en deux un territoire, refouler la population locale sur une moitié (la moins bonne …) et distribuer l’autre aux colons. Dans le cas de Mac-Mahon / Aïn Touta 34 000 «indigènes» sur 18 000 ha et 400 français sur 16 000 ha. Bibliographie : Ageron Ch.-R. : «Les troubles insurrectionnels du sud Constantinois Novembre 1916. - Janvier 1917» in «L’Algérie Algérienne de Napoléon III a de Gaulle». Paris, 1980, DEJEUX (Jean) : «Le bandit d’honneur en Algérie : de la réalité et de l’oralité à la fiction», Paris, Awal, La Boîte à Documents, Etudes et Documents Berbères, Volume 4, 1988, pp. 39-60, 63 notes, ill., ann. Depont O. : «Les troubles insurrectionnels dans l’arrondissement de Batna en 1916. 1917», Alger, Depont O. : «Pages d’histoire, une insurrection en Algérie 1916-1921», Revue de l’Afrique du nord. LETAN (Robert : «La révolte des Aurès de 1916 dans les Aurès», 572 pages, nombreuse photos d’époque. Table des index de nom propres et de lieux. Est disponible chez l’auteur R. Letan 36, rue de l’Isère 20100 Casablanca SOUGUENET (L.) : «Mission dans l’Aurès (1915-1916)», Paris, La Renaissance du livre, 1928, St Arnaud : «Lettres du Maréchal St Arnaud sur ses compagnes dans l’Aurès», Abdelhamid ZOUZOU : «L’Aurès au temps de la France coloniale. Evolution politique, économique et sociale (1837-1939)». Alger, Ed. Houma, 2001, 1 996 p. en 2 volumes. (L’auteur, professeur en histoire contemporaine à l’université d’Alger, a passé quinze années de recherche et de documentation pour présenter une thèse de doctorat d’Etat à l’université Paris XII, 1992, sous le titre : «L’EVOLUTION POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE DE LA REGION DE L’AURES (1837-1939)». Dans sa préface, Charles-Robert Ageron, professeur à l’université Paris XII, écrit que la thèse de Zouzou est une encyclopédie de savoir et de connaissances, mais aussi une histoire construite et expliquée où les Algériens retrouveront, présentés dans une problématique post coloniale, tous les traits caractéristiques de la domination coloniale. «Au total, cette thèse écrite directement en français par un universitaire de langue arabe retient l’attention par l’ampleur de son information, le classicisme de sa facture et la solidité de ses démonstrations». Quant à l’auteur, il souligne que le fait d’être originaire des Aurès n’explique en rien son choix, la raison la plus simple, c’est que cette partie de l’Algérie n’a fait l’objet d’aucune étude académique. Le choix chronologique n’est pas non plus fortuit : il marque la chute du Beylik Echark, l’année 1837 a été prise comme point de départ parce qu’elle coïncide avec le déclenchement de la résistance auressienne ; laquelle n’avait pas attendu l’arrivée de l’armée à Batna, en 1843, pour se manifester. Quant à 1939, cette date correspond au commencement du conflit mondial, «En ce sens elle trace une limite séparant nettement l’ancienne époque d’une nouvelle phase caractérisée par une entière prise de conscience politique tout à fait apte à agir contre le système colonial». Cette étude, riche et massive, et parfois «confuse» en son déroulement, est centrée la région auressienne : la colonisation française n’a engendrée que régression. Liste des extraits : A - Causes de la résistance des Aurès B - Révolte des Aurès de 1916 (Rapport Depont) C - Charles-Robert AGERON : LES ALGÉRIENS MUSULMANS ET LA France (1871-1919) D - Gilbert MEYNIER : «L’Algérie révélée», Genève-Paris, Lib. Droz, 1981, pp. 591-598 E / Les troupes coloniales dans la Grande Guerre, (Jauffret) F / Abdelhamid ZOUZOU : «L’AURES au temps de la France coloniale. EVOLUTION POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE (1837-1939)» ********* A / Causes de la résistance des Aurès Les causes de l’insurrection relèvent de plusieurs facteurs parmi lesquels la dégradation des conditions sociales, politiques et économiques qui eurent des incidences directes sur les Algériens lesquels vivaient une situation dramatique en raison de la famine, des épidémies et des lois scélérates dont le Code de l’indigénat, parallèlement à la propagation de la misère et la cherté de la vie. La conjugaison de tous ces facteurs suffisait à elle seule pour déclencher l’insurrection bien que certains historiens aient évoqué également le rôle joué par les confréries soufies dans l’incitation des Algériens à la révolte et la rébellion. Par-dessus tout, le mécontentement qui s’est répandu chez les Algériens en raison de la promulgation de la loi sur la conscription obligatoire en 1912 est considéré comme l’étincelle qui a entraîné l’explosion de la situation. En dépit du fait que cette loi avait suscité l’adhésion de certains lettrés du mouvement des jeunes algériens à tendance libérale, qui y voyaient un moyen d’intégration selon eux, elle rencontra néanmoins une violente opposition de la part du public. Le rejet de la conscription obligatoire par les Algériens s’est amplifié après l’arrivée de nouvelles inquiétantes sur la mort par milliers de jeunes conscrits au cours des batailles terribles qui se déroulaient en Europe, puisque le ministère de la guerre français avait enregistré en octobre 1916, 7822 tués, 30.354 blessés et 2611 prisonniers. En 1916, la France avait un besoin pressant de troupes supplémentaires et pour cela, elle décida d’enrôler les jeunes ayant atteint l’âge de 17 ans pour les envoyer au front dans les plus brefs délais. Par ailleurs, la mise sous séquestre à l’orée du vingtième siècle des terres appartenant aux habitants de Aïn Touta, Merouana et Sériana dans la région des Aurès afin d’établir des centres d’implantation pour les émigrés européens et créer des communes mixtes dont la commune de Belezma en 1904, fut à l’origine du déclenchement de troubles dans la région et amena la cour d’assises de Batna à prononcer diverses peines de prison à l’encontre des accusés. En guise de représailles, les Algériens refusèrent de se soumettre aux lois du colonisateur. Les adversaires de la loi sur la conscription obligatoire déclarèrent en décembre 1914 qu’ils bénéficiaient du soutien des Turcs et des Allemands pour la libération de l’Algérie. A l’instar de la résistance de Béni Chougrane en 1914, celle des Aurès en 1916 différait des insurrections du 19ème siècle sur divers points dont les plus importants sont: - L’insurrection n’avait aucune relation avec les confréries et les zaouias - Elle ne s’est pas déclenchée en raison de l’opposition des grandes familles et des notables au colonialisme. - Elle n’a pas eu lieu en raison de la faible présence de troupes militaires françaises comme ce fut le cas en 1870 et 1871. Cette insurrection fut une forte réaction collective contre la politique militaire coloniale représentée par les lois de 1907 et 1912 portant sur la conscription obligatoire des jeunes ainsi que le service du travail obligatoire dans les fermes et les usines en France. Les étapes de la résistance des Aurès L’insurrection des Aurès débuta effectivement le 11 novembre 1916 lorsque les populations de Aïn Touta et Barika se rassemblèrent au village de Boumaza et s’accordèrent à déclarer la guerre sainte aux impies. Cette nouvelle se propagea rapidement dans les villages et des centaines d’hommes répondirent à l’appel sacré. Ceci poussa les Français à couper toutes les communications entre la région et le monde extérieur en interdisant les déplacements et les voyages de et vers les Aurès. Les insurgés réagirent en détruisant les câbles du téléphone, du télégraphe et les ponts. Par ailleurs, ils attaquèrent les domiciles et les biens des Européens, visant particulièrement les agents de l’administration coloniale dans tous les villages et hameaux. Les opérations des résistants contre les intérêts français s’intensifièrent, touchant le fort administratif «Mac Mahon», ce qui se solda par la mort du sous-préfet de Batna et la destruction du fort après que la garde militaire française se fut enfuie en l’abandonnant. Tandis que l’administration coloniale sous-estimait ces événements, les insurgés entreprirent d’encercler la ville de Barika le 13 novembre 1916 pour attaquer un convoi français le lendemain. Devant l’aggravation de la situation et l’extension de l’insurrection, le gouverneur général d’Algérie demanda des renforts militaires supplémentaires, en insistant sur la nécessité de recourir à l’aviation pour terroriser les populations, notamment après que 10 soldats français furent tués lors des accrochages du 5 décembre 1916 lorsque les troupes françaises avaient attaqué les rebelles qui s’étaient réfugiés dans les monts Mestaoua. A cet effet, la France retira le bataillon 250 du front en Europe pour l’envoyer en Algérie, le nombre de soldats français dans les Aurès ayant atteint ainsi 6000 hommes commandés par le général «Monnier». Le commandement militaire fit venir les avions de guerre du type de ceux qui étaient en Tunisie pour les envoyer vers la région des Aurès. Au début de Janvier 1917, on dénombrait plus de 14000 soldats basés dans les Aurès, équipés d’armes des plus modernes en vue de liquider définitivement l’insurrection et réprimer ses animateurs. Entre novembre 1916 et la fin du mois de mai 1917, les troupes coloniales ont commis les pires crimes contre les populations désarmées en représailles contre la poursuite de la résistance. La preuve la plus édifiante de ce qui fut commis par les Français durant cette période est le rapport établi par la commission parlementaire française qui s’est penchée sur la politique pratiquée par les Français, basée sur les assassinats par toutes sortes d’armes, la terre brûlée et la saisie des biens des populations. Ne se contentant pas de cela, la France emprisonna plus de 2904 révoltés, accusés de rébellion et de provocation de troubles. 825 Algériens furent présentés devant les tribunaux et 805 d’entre eux furent condamnés à environ 715 ans de prison au total tandis que 165 furent dirigés vers les tribunaux arabes à Constantine et 45 vers le tribunal de Batna qui prononça à leur encontre 70 ans de prison. Les condamnés furent soumis à des amendes totalisant 706656 francs français et l’administration coloniale saisit environ 3759 fusils de chasse anciens, 7.929 ovins, 4511 caprins et 266 bovins. Compte tenu de la gravité de la situation, le gouvernement français s’empressa de placer l’ensemble de la région sous administration militaire aux termes du décret du 22/11/1916. En dépit du fait que les espoirs fondés par les Algériens, à travers la résistance des Aurès en 1916, de se débarrasser du colonialisme et de sa tyrannie, ne se soient pas concrétisés, les conséquences de cette insurrection et les drames qu’elle engendra demeurèrent gravés dans les esprits des habitants de la région, dans les écrits des historiens et les œuvres des poètes jusqu’au déclenchement de la Révolution du premier novembre. -------------------- B / REVOLTE DES AURES DE 1916 (contre la conscription) Rapport de Monsieur l’Inspecteur général des Communes Mixtes, Directeur intérimaire des Territoires du Sud, concernant les troubles insurrectionnels de l’arrondissement de BATNA en 1916 Par Octave Depont, en date du 1er septembre 1917 Chapitre I Le pays et ses habitants Tribus ayant pris part en totalité ou en partie à l’insurrection Organisation administrative L’arrondissement de BATNA est la plus grande circonscription administrative du Département de CONSTANTINE Sa superficie est de 1.518.172 hectares. A part SETIF, celles des quatre autres arrondissements est à peu près le tiers de ce chiffre Par contre, sa population européenne est la plus faible. 7102 français et 1093 étrangers, contre 289.898 indigènes divisés eux-mêmes en 141.359 arabes et 99.209 berbères. L’arrondissement compte quatre communes de plein exercice et cinq communes mixtes. Communes de plein exercice : BATNA, BISKRA, LAMBESE, KHENCHELA. Communes mixtes : AURES, KHENCHELA, AIN TOUTA, BARIKA, BELEZMA, AIN-ELKSAR. Il y a peu de colonisation. Dans son enquête sur les résultats de la colonisation officielle de 1871 – 1895, Monsieur DE PEYERIMOFF, parlant les HAUTS-PLATEAUX, s’exprime ainsi : «Plus fâcheux encore (que pour le plateau de CONSTANTINE) apparaît à l’état de la colonisation dans la région de la BATNA où l’on a hasardé une douzaine de périmètres. Terres souvent maigres, climat sec, emplacements parfois médiocrement sains, peuplement faible, et, pour les lots de ferme, vente sans obligation de résidence ni limitation de la faculté d’achat, bien des causes ont agi, on le voit, pour préparer un échec qui, dans l’ensemble, est visible. Dans les groupes de fermes, la population française a pratiquement disparu. Au contact de cette population faible, les indigènes ne progressent pas non plus, et leur situation économique reste, elle aussi, médiocre»…. Quelques nouveaux centres : BAGHAI (KHENCHELA) CORNEILLE et BERNELLE (BELEZMA) ont cependant mieux réussi que les anciens. CORNEILLE compte 265 européens, BERNELLE, 254. La population indigène habite les massifs montagneux principaux de l’AURÈS, du BELEZMA, du METLILI, et les plaines environnants. L’AURES est compris dans le quadrilatère BATNA, BISKRA, KHANGA SIDI NADJI, KHENCHELA. Sa longueur de l’Est à l’Ouest, est d’environ 100 Kilomètres ; sa largeur est à peu près la même du Nord au Sud. Il renferme, on le sait, la plus haute cime de l’ALGÉRIE, le CHELIA (2328m.) Comme l’AURÈS, le BELEZMA qui s’étend à l’Ouest de la route de CONSTANTINE à BATNA jusqu’aux N’GAOUS et jusqu’aux plaines du Sud de SAINT-ARNAUD, est un massif difficile est compliqué, ses plus hauts sommets ne dépassent pas 200 mètres. Dans le sens se la longueur, il a environ 80 kilomètres alors que sa plus grande largeur n’est que de 25 kilomètres. L’AURES sera bientôt traversé par deux routes principaux : MENAA et ARRIS. Bientôt, les touristes pourront visiter, en pleine sécurité, les gorges de TIGHANIMINE, de BANIANE, de MCHOUNECHE, la curieuse DJEMINA, et d’autres sites également pittoresques et beaux. Le BELEZMA n’est guère percé que par des chemins muletiers. Seulement, une route en fait le circuit qui comporte plus de 200 kilomètres de développement. Il renferme le massif célèbre de la MESTAOUA, une grande forteresse naturelle, formé par des escarpement à pic qui, depuis des siècles, a été l’oppidum de tous les révoltés et de tous les mécontents du pays en 1771, contre SALAH Bey ; en 1974 contre MOSTEFA Bey BEN OUZNADJI, en 1811 contre HAMANE Bey ; en 1818, contre MOHAMMED TCHAKER Bey ; en 1871, (1) et en 1816 contre nous. Dans son histoire des Beys de CONSTANTINE, Monsieur .VAYSETTES (2) parlant de l’expédition du Bey BEN OUZNADJI, dit que celui-ci ne put forcer le repaire de la MESTAOUA qu’en y faisant mettre le feu et tuer tout ce qui s’y trouvait. «Son infanterie et ses goums furent décimés… on était obligé d’emporter chaque jour les morts avec des filets, pour ne pas livrer leurs cadavres à la férocité de l’ennemi.» Nous dirons plus loin, ce que furent notamment les résistances de 1871 et de 1916, dans la MESTAOUA. Le METLILI Le METLILI, massif isolé, s’élève au-dessus de la plaine de SEGGANA-SEFIANE au Nord- Ouest, de la plaine d’EL OUTAYA au Sud-Est et de L’oasis d’EL KANTARA au Nord Est. Il est constitué par une série de rides parallèles orientées Nord-Est et dont les plis ont serrés comme les fronces d’une étoffe. Sa longueur est de 45 Kilomètres environ, et sa largeur est, en moyenne, de 15 Kilomètres. Le point culminant est le DJEBEL-METLILI à 1495 mètres, où se trouve un poste optique communiquant avec AUMALE Dans la partie Nord du Massif et sur le versant d’EL KANTARA, on rencontre de nombreuses excavations naturelles dans les rochers. Les indigènes en ont aménagé quelques unes pour y habiter l’hiver. Le METLILI, et surtout le poste optique, sont très appréciés des touristes qui se rendent volontiers d’EL KANTARA dans cette montagne aride et imposante. Sans remonter jusqu’à un lointain passé historique, qui peuple le pays des Libyens et de Gétules, de Juifs, de Mazyques et de Marmarides (3) nous arrivons, tout de suite, au berbère qui est le fond de la race nord africaine, et que les ethnologues modernes divisent en cinq groupement principaux : Au Nord, le groupe Kabyle, A l’Ouest, le groupe Berbère de l’Atlas marocain, Au Sud, le groupe des Touaregs, A l’Est, le groupe des Chaouias, de l’AURÈS et du BELEZMA, Au centre, le groupe des Mozabites. Tous ces groupes sont plus ou moins caractérisés, en ce sens qu’ils ont, plus au moins, été pénétrés par les Arabes, sauf pour ce qui est des Touaregs et des Mozabites. Cette pénétration favorisée par les invasions et les circonstances, n’a cependant guère atteint les Chaouis de l’AURÈS et du BELEZMA, race invinciblement rétive. Fermée, ou à peu près, par ses défenses naturelles, à toute invasion, race qui a vu passer tous les conquérants sans se laisser pénétrer par aucun. Constamment en guerre entre elles, comme toutes les tribus de L’AFRIQUE DU NORD, ces populations, à part les apports des vaincus auxquels elles accordaient asile, ont gardé, dans chaque canton, dans chaque village même, juxtaposés, mais non confondus, vivant sur un même sang, tous leurs caractères sociologiques spéciaux. Bien entendu, il faut faire exception pour les plaines où, plus abordables, les Chaouis sont plus ou moins arabisés. Des remaniements de territoires ayant, à diverses reprises, notamment depuis 1904, été opérés dans les communes mixtes d’AIN TOUTA, du BELEZMA et de BARIKA, du fait de la création du BELEZMA, de la suppression de l’ancienne commune mixte des OULED SOLTANE, et de la remise au territoire civil de l’annexe de BARIKA, il en est résulté que des tribus ont été disloquées pour passer, par parties, dans l’une ou dans l’autre des trois circonscriptions subsistantes. Nous les présenterons donc, au fur et à mesure que le récit nous y conduira, sans tenir compte des divisions administratives actuelles. Au surplus, le tableau ci-dessous nous indiquera le partage des tribus que nous avons à étudier comme ayant pris part, en totalité ou en partie, au soulèvement : Nom des Tribus Douars ayant pris part à l’insurrection Territoires auxquels ces Douars ont été incorporés Arrondissements L a k h d a r Halfaouias Ouled Soltane --- --- --- --- --- Ouled Bou Aoun --- --- Ouled Chelih Hodna Oriental --- --- --- --- Saharis Beni Bou Slimane Djebel Chechar --- Segnias --- --- --- Maadid Les Lakhdar Halfaouia BRIKET TILATOU SEGGANA OULED AOUF MARKOUNDA OULED SLIMANE SEFIANE N’GAOUS OULED FATMA MEROUANA OUED EL MA OULED CHELIH DJEZZAR BARIKA METKAOUAK NAGRA AIN KELBA BITAM ZELLATOU OULDJA CHECHAR OULED SEBAA OULED MESSAAD OULED ACHOUR OULED GACEM MAADID AIN TOUTA AIN TOUTA BARIKA AIN TOUTA BELEZMA BARIKA BARIKA BARIKA BELEZMA BELEZMA BELEZMA A I N T O U T A & BELEZMA BARIKA BARIKA BARIKA BARIKA BARIKA BARIKA AURES KHENCHELA --- AIN MLILA CONSTANTINE AIN MLILA CONSTANTINE AIN MLILA CONSTANTINE AIN MLILA CONSTANTINE MAADID SETIF BRIKET……………………2303 habitants TILATOU……….…….……2281 habitants Les indigènes de cette tribu proviennent, pour son noyau principal, qui a donné son nom à la confédération, des Lakhdar, arabes émigrés du Sud. La seconde qualification Halfaouia viendrait de la grande quantité d’alfa qu’on rencontre dans cette région. D’autres habitants sont issus d’émigrés partis de divers points de l’AFRIQUE, entre autres du MAROC, et de l’ALGÉRIE (BOU THALEB et SETIF). Les Briket, de race arabe, renferment une sous fraction (les Ouchechna) d’origine zénatienne. Ces Lakhdar Halfaouia (4) avaient reconnu l’autorité des Turcs ; ils payaient l’impôt entre les mains du cheikh de BELEZMA. Ils se soumirent à la FRANCE en 1844. Au moment du siège de ZAATCHA (1849), ils se jetèrent dans l’insurrection, et s’y firent remarquer par d’audacieuses attaques contre nos convois ; mais la prise de cette oasis les ramena promptement dans le devoir. Le vaste territoire détenu par les Lakhdar Halfaouia s’étend, du Nord Est au Sud Ouest, depuis BATNA jusqu’aux plaines du HODNA. Le douar BRIKET, le moins étendu de la tribu, a une superficie de 8897 hectares, dans lesquels sont englobées les terres de colonisation du centre de MAC MAHON. Les terres y sont melks. Ses habitants sont sédentaires ; ils se livrent à la culture de céréales et à l’élevage du mouton, lequel constitue leur principale ressource. Les céréales rapportent peu, en effet, excepté dans les terres avoisinant l’Oued El KSOUR, qui peuvent recevoir des irrigations. D’ailleurs, le douar BRIKET est soumis aux mêmes influences climatériques que MAC MAHON ; la sécheresse s’y fait durement sentir dans toute la zone située entre EL BIAR (LAMBIRIDI) au Nord, et les TAMARINS au Sud, et l’on ne peut guère compter sur une récolte moyenne que tous les dix ou douze ans. C’est dire que la population est loin d’être aisée. Aussi bien, chaque année, la société de prévoyance lui vient-elle en aide par des secours en grains. Des épidémies (typhus de misère et variole) y ont causé plusieurs fois des ravages et fait d’assez nombreuses victimes, notamment en 1900. Les gens de BRIKET passaient pour être dociles, encore que, depuis longtemps, ils aient eu comme cheikhs, des hommes de peu d’autorité et de prestige. Le dernier LOUCHENE Rahmani, s’est, nous l’avons vu, prudemment enfui de MAC MAHON dès les premiers coups de feu de la rébellion. Le douar limite le territoire de colonisation de MAC MAHON dans la partie Nord-Ouest. Pour arriver à MAC MAHON, les bandes armées de SEGGANA, SEFIANE, OULED AOUF et TILATOU ont été obligées de traverser le territoire de BRIKET. Il aurait donc été facile aux gens du douar de franchir les 4 ou 5 kilomètres qui les séparent du village pour y donner l’alarme. Or, non seulement ils ne l’ont point fait, mais encore ils se sont joints aux rebelles. Ce qui le prouve c’est la découverte dans plusieurs mechtas, d’étoffes volées à MAC MAHON, et celle du cadavre d’un indigène de ce douar, percé de balles Lebel, dans la nuit du 11 au 12 novembre. La compromission des indigènes de BRIKET est donc bien établie. Constamment au village, ils étaient au courant de la disposition des locaux, et même, dans l’incursion faite au bordj, on peut y voir la main de deux anciens cavaliers de la commune mixte que nous avons 5 Voir le chapitre Maraboutisme déjà présentés, les sieurs «LOUCHENE» MOKHTAR et «LOUCHENE» HAFSI, devenus depuis l’abandon forcé de leur emploi, des religieux fanatiques. D’autre part, l’affaire des TAMARINS est presque exclusivement l’oeuvre des gens de BRIKET. Nous ne trouvons pas à BRIKET d’indigènes appartenant à de vieilles familles marquantes. Le personnage le plus influent est le nommé «SAHRAOUI « MOHAMMED BEN AMAR, moqaddem des RAHMANIA et serviteur du marabout de TOLGA. Si SAHRAOUI possède 150 khouanes. C’est lui on le sait qui a sauvé Mme MARSEILLE et ses fillettes. Son geste évidemment très beau, à premier vue, n’est peut être pas à la réflexion, une preuve convaincante de son loyalisme. Il a fait, à propos de sa présence à MAC MAHON dans la nuit du crime, une déposition si invraisemblable que nous sommes amenés à suspecter sa bonne foi.(5) Douar TILATOU Le douar TILATOU, quatre fois plus étendu que BRIKET, est peuplé également par des sédentaires qui l’hiver, habitent, en partie, les grottes du METLILI. Comme leurs coreligionnaires de BRIKET, ils s’adonnent à la culture des céréales et à l’élevage de mouton. Leurs terres sont melks. Cependant les superficies cultivées y sont moindres qu’à BRIKET, bien que TILATOU soit soumis à des pluies plus régulières que son voisin. La misère physiologique y sévit comme à BRIKET. L’autre misère aussi. Avant la conquête, les TILATOU y remédiaient temporairement, en se faisant les gardiens pillards des portes et des passages du Sud. Ils semblent qu’ils aient gardé de ce passé une certaine indépendance que favorise leur territoire accidenté et leur genre de vie même. La légende (est-ce bien une légende ?) leur prête une origine juive. La voici à peu près telle qu’on nous l’a rapportée. TILATOU (autrefois EL KHAMMES) était, dit-on, habité par des israélites qui faisaient du commerce avec le Sud, surtout avec la ville de BISKRA. Lorsque SIDI OKBA, retour du MAROC, vint s’installer dans la région, il voulut débarrasser le pays de ses habitants non musulmans. Profitant de ce que les juifs de TILATOU s’étaient rendus, certain jour, à BISKRA, il posta ses gens auprès d’un col qui traversait la route à deux kilomètres S.E environ de MAC MAHON. Quand les juifs revinrent, ils furent tous massacrés à cet endroit connu depuis sous le nom de «col des Juifs». Il existe encore des tombes que les gens du pays montrent comme étant celles des victimes de ce guet-apens. Après l’assassinat, les gens de SIDI OKBA prirent, comme épouses, les femmes des TILATOU, et, par la suite, reconstituèrent la nouvelle population de sang mêlé, du douar. Nombre de gens de TILATOU ont, en tous cas, le faciès israélite, et, de plus, la bosse du commerce. En ce qui concerne les troubles de novembre 1916, leur participation est nettement établie. Le 18 novembre, au cours d’une opération, on a retrouvé, dans la région de l’Oued BERRICHE, un des fusils modèle 1874 et 42 cartouches provenant du Bordj administratif. D’autre part, des perquisitions faites dans les mechtas GHASSEROU. BERRICHE et METLILI, amenèrent la découverte d’une partie des étoffes volées au village. L’opération militaire du 18 novembre, fut marquée par la résistance des habitants des mechtas précitées qui, réfugiés sur les hauteurs dominant leurs groupements, faisaient feu sur la troupe. Un tirailleur sénégalais fut tué. Une deuxième démonstration faite, fin janvier, dans le METLILI, ne donna lieu à aucun incident. Cependant, l’autorité militaire découvrit un réduit défensif solidement établi en un point si escarpé qu’il fallut l’aide du canon pour le détruire. En outre, des militaires ayant mis le feu à un gourbi isolé et abandonné, une très forte explosion se produisit, décelant un approvisionnement de poudre. C’est dans le METLILI, que le bandit «BENALI» MOHAMMED BEN NOUI, se réfugiait avec ses compagnons, déserteurs pour la plupart. Le réduit défensif est très vraisemblablement l’oeuvre de ceux-ci. A part deux moqaddems de RAHMANIA, n’ayant qu’une influence locale, il n’y a pas de personnages marquants dans le douar TILATOU. Au miment où les évènements se sont produits ; le cheikh du douar était le kabyle «BEN YOUCEF» SMAIL, ancien Khodja de commune mixte, qui n’avait aucune autorité dans son territoire où il ne se rendait qu’avec appréhension. Les propos tenus par lui suffisent à édifier sur sa valeur morale et professionnelle. «Où étiez-vous, lui demandait-on, quand les rebelles assassinaient le brigadier forestier des TAMARINS à proximité de votre bordj ?» Je me tirais des pieds, répondit-il» (6) Douar OULED AOUF Les OULED AOUF (2859 habitants) appartiennent à la tribu des OULED SOLTANE, qui comprenait aussi les Douars OULED SI SLIMANE, SEFIANE, MARKOUNDA, N’GAOUS, et qui fut soumise à l’application du Sénatus-consulte en 1890. Les OULED SOLTANE dépendaient autrefois de la commune mixte du même nom dont le siège était N’GAOUZ. La suppression de cette unité administrative a entraîné le rattachement des OULED AOUF à la commune mixte d’AIN TOUTA. Les Douars MARKOUNDA et OULED FATMA entrèrent dans les composition de la commune mixte du BELEZMA (1904) et les OULED SI SLIMANE, ainsi que SEFIANE, furent plus tard, (1907) placés sous l’autorité de l’administrateur de BARIKA. Les OULED SOLTANE, à l’exception d’une partie de SEFIANE, sont berbères. Nous voyons mêlé aux grandes luttes qui marquèrent l’occupation arabe, un nommé AISSA BEN SOLTANE, originaire des OULED AOUF. Les habitants de la tribu et, notamment de la faction des OULED AOUF, ont toujours passé, pour être belliqueux. On les a trouvés dans la guerre contre BEN YAHIA BEN GHANIA et les ALMOHADES, et ils prétendent n’avoir pas été soumis aux Romains ni aux Turcs. Il y a, sans doute, beaucoup de vantardise dans cette affirmation des OULED SOLTANE. En tous cas ils faisaient aux BENI-IFRENE (N’GAOUS) une guerre acharnée qui se terminait régulièrement par le pillage de N’GAOUS. Une nouvelle razzia était faite dès que les BENI-IFRENE avaient reconstitué leur fortune. Ces pillages systématiques cessèrent avec l’occupation française qui eut lieu sans combat. On procéda simplement à quelques razzias dans la tribu, et celle ci fit sa soumission, en 1844, au Général SILLEGUE. Pendant 27 ans, la paix n’a cessé de régner, mais en 1871, les instincts de brigandage de cette population de montagnards, la jetèrent activement dans l’insurrection. Dans le courant d’Avril, ils se joignaient aux contingents rebelles des OULED CHELIH et de TLET, et participaient aux assassinats de trois enfants et de douze européens de la scierie SALLERIN, à OULED HAMLA ; au pillage des fermes du RAVIN BLEU à l’affaire de la scierie PRUD’HOMME à OUED EL MA Le 22 Avril, ces contingents tentaient un coup de main sur BATNA, mais, dispersés à coups de canon, ils se portaient sur FESDIS et EL MADHER. Poursuivis par les colonnes MARIE ET ADLER, ils se réfugiaient dans les montagnes du BELEZMA où ils se faisaient remarquer par l’incendie du Bordj du Caïd SAID BEN CHERIF qui nous était resté fidèle. Le 8 juillet, les OULED SOLTANE attaquaient N’GAOUS. Après plusieurs tentatives infructueuses contre les BENI IFRENE, ils entreprenaient le siège du village. Ce siège dura 40 jours au bout desquels les habitants (BENI IFRENE) furent délivrés, le 7 septembre, par la colonne SAUSSIER Malheureusement, les rebelles les plus compromis réussirent à s’enfuir dans la MESTAOUA où ils continuèrent leurs exploit pendant quelques mois encore Le séquestre fut appliqué sur les biens de la tribu rebelle et celle ci obtint, par la suite, l’autorisation de se libérer des effets de la mesure répressive en payant une soulte de rachat. A part les BENI IFRENE, qui sont de moeurs plus douces, les OULED SOLTANE sont grossiers et d’une grande brutalité, voleurs, pillards et fanatiques. Pour la plupart, ils appartiennent à la confrérie des RAHMANIA. En novembre 1916, les OULED AOUF, indépendamment de leur participation à l’affaire du village de MAC MAHON, se firent remarquer par leur ténacité à maintenir l’état de rébellion dans le douar. Seul, de toute la commune mixte, celui-ci fit complètement défaut aux opérations de la conscription. Une mechta, celle de KHENZARIA, fut particulièrement hostile. Après avoir éconduit, et même menacé de mort, dans la journée du 11 novembre, l’administrateur adjoint CARLI, qui s’était rendu chez eux pour tenter de les faire revenir sur leur refus de se conformer à la loi militaire, les gens de cette mechta se réfugièrent dans le Djebel RAFAA et demeurèrent réfractaires à l’autorité jusqu’au 18 décembre. A cette date, une opération militaire énergique amenait l’arrestation d’une cinquantaine de rebelles parmi lesquels l’instigateur de la révolte le sieur «RAHMANI» Mohammed ben SAID, moqaddem des RAHMANIA 7Cette dernière arrestation eut pour résultat sur l’intervention du même moquaddem la soumission immédiate de toute sa mechta y compris les inscrits d’office, insoumis et déserteurs. Les opérations militaires aux OULED AOUF furent marquées le 28 Décembre au «Chabet ENNEMEUR» par la mort de deux zouaves. S’étant imprudemment éloignés de la colonne, ces deux militaires furent assassinés par des gens de la mechta TAMAZRIT. Une enquête rapide permit d’obtenir les aveux de deux des coupables (?) qui restituèrent les deux Lebel enlevés aux zouaves. Parmi les personnages marquants de la tribu dont le souvenir se rattache aux évènements présents, citons SI EL HADJ AHMED MAHFOUD, décédé en 1883, descendant direct de SI AHMED BEN AOUF, réputé comme ayant propagé l’islamisme chez les OULED SOLTANE. Si EL HADJ AHMED BEN MHFOUD fut cadi de N’GAOUS pendant 20 ans. On prétend qu’il a défendu ce village en 1871 contre les rebelles, mais cette attitude se concilie mal avec la mesure d’internement en Corse dont SI EL HADJ AHMED et son fils SEDDIK furent frappés ensuite, pendant huit mois. Quelques descendants de cette famille habitent encore N’GAOUS. Une des filles de SI EL HADJ AHMED est mariée au fils du marabout «AMIRA» ALI BEN AMOR BEN ATHMANE de la Zaouia de TOLGA, dont nous aurons occasion de parler en étudiant le rôle de la Khouannerie dans l’insurrection. Aux OULED AOUF, il n’y a actuellement aucun personnage marquant, en dehors de quelques moqaddems dont l’influence ne dépasse guère leurs mechtas respectives. Le sieur BOUHENTALLAH Mohammed, cheikh du douar s’est rendu complice des rebelles en conservant un mutisme absolu. Révoqué, puis arrêté, pour être traduit devant la commission disciplinaire, il est mort en prison. Les OULED AOUF cherchent, aujourd’hui qu’il n’est plus là pour se défendre, à faire retomber sur lui toute la responsabilité de l’affaire en prétendant qu’il est a poussé à la résistance dont il leur a donnée l’exemple en cachant chez lui, pendant plus de six mois, un de ses neveux, un déserteur. Tout en faisant, dans ces allégations, la part de l’exagération, il faut retenir que le cheikh des OULED AOUF ne nous a jamais prêté, avant comme après les événements, le concours qu’il nous devait. Il n’avait d’ailleurs ni capacités, ni énergie. Sans tempérament, il se laissait mener par son fils «BOUHENTALLAH» Ahmed, khodja du douar, individu sans moralité et dangereux C’est lui qui, en réalité, commandait les OULED AOUF. Dans les douars MARCOUNDA et OULED FATMA (BELEZMA) de la même tribu des OULED SOLTANE, nous trouverons un cheikh, le nommé BOURADI Mohammed, personnage religieux, employant son influence à la résistance contre la conscription, présidant à TAKSELENT une réunion de conjurés. Tribu des Ouled Bou AOUN C’est la plus importante des tribus de la commune mixte du BELEZMA. Elle comprend neuf Douars : BOUGHEZEL OULED MOHAMMED BEN FERROUDJ, ZANA, OULED MEHENNA, CHEDDI, EL SAR et les trois Douars plus hauts cités : OULED EL MA, MEROUANA et OULED FATHMA, population : 10 000 habitants. On raconte qu’à une époque reculée et assez difficile à préciser, un nommé AOUN originaire de SEGUIA EL HAMRA (MAROC) arriva à N’GAOUS où, grâce à son intelligence, il acquit rapidement une assez grande influence. Il exerçait la profession de gassab, joueur de flûte. Entreprenant et audacieux, il profita du mécontentement qui se manifestait contre la garnison turque, pour se mettre à la tête de ses partisans, massacrer la garnison, s’emparer de N’GAOUS et proclamer l’indépendance des tribus voisines qui avaient fait leur soumission aux turcs. Le Bey de CONSTANTINE ayant pris en personne la direction d’une colonne pour venir venger la mort de ses soldats, AOUN ne se sentant pas assez fort, se réfugia chez les HIDOUSSA (MEROUANA) dans les montagnes du BELEZMA. Arrivée à N’GAOUS, la colonne turque châtia les rebelles et les frappa d’une forte amende, mais plusieurs fractions réussirent à aller rejoindre AOUN, et le Bey, reconnaissant la grande influence de celui-ci jugea plus politique de s’en faire un ami. Il lui donna le titre de cheikh du BELEZMA. A sa mort, AOUN laissa un fils, EL GUIDOUM, qui fut à son tour remplacé par son fils ALI. Celui-ci s’allia aux TELEGHMA, aux OULED ABDELNOUR et aux EULMAS, puis il s’insurgea contre le Bey de CONSTANTINE. Après une rencontre entre les contingents armés du Bey et les siens, rencontre dont les résultats ne sont pas connus, ALI BEN EL GUIDOUM fut confirmé et agrandi dans ses pouvoirs par le Bey, HASSAN BOU HANEK remplaçant de ce Bey (1736-1753) résolut de se débarrasser d’ALI BEN EL GUIDOUM dont l’influence grandissante gênait sa popularité. Après lui avoir demandé sa fille en mariage, il lui tendit un piège, le fit égorger, se saisit de ses deux fils FERHAT et HAMOU, et donna son commandement à un nommé BOU AOUN, des OULED BOU ZIAN. Celui ci fut à son tour trahi par le Bey au profit de FERHAT BEN ALI BEN GUIDOUM que BOU HANEK avait fait élever dans sa famille et pris en affection au point que, peu de temps après, le Bey lui avait confié l’administration de toute la région comprise entre AIN AZEL au Sud de SETIF, et le TARF au nord de KHENCHELA. En 1804, il fut tué à la tête de son goum dans les contingents du Bey OSMAN près de l’embouchure de l’OUED EL KEBIR (EL MILIA) selon les uns, chez les FLISSAS sous le règne D’AHMED BEY EL COLI(1756-1771) selon les autres. On est ici autant dans le domaine de la légende que dans celui de l’histoire. Les récits continuent, sans grand intérêt, par la succession du cheikhat et les disputes, les combats, auxquels cette succession donna lieu jusqu’en 1844, année de la soumission des OULED BOU AOUN à notre domination. Dans tout cela, comme l’observe très bien M. J.D.LUCIANI deux points paraissent indiscutables : les hommes de valeur, entre autres FERHAT BEN ALI BEN GUIDOUM, fournis par les gens du BELEZMA ; en second lieu, le tempérament guerrier et pillard de ces indigènes qui ont toujours trouvé dans leurs montagnes, en particulier dans le Djebel MESTAOUA, un refuge difficile à atteindre. Tribu des Ouled Chelih Les OULED CHELIH (3333 habitants) appartiennent pour partie au BELEZMA et pour partie AIN TOUTA. Ils firent leur soumission à la France en 1844, en même temps que les Lakhdar halfaouia et dans les mêmes conditions que cette tribu, c’est-à-dire sans combat et grâce à l’influence de SI AHMED BEN CADI, Caïd de BATNA. L’histoire des OULED CHELIH n’offre rien de particulier en dehors du groupe des OULED MEHENNA qui, ayant cherché à se rendre indépendant, au temps d’ALI BEN AOUN, fut razzié et emmené dans le BELEZMA qu’il n’a plus quitté depuis. Les OULED CHELIH demeurèrent en paix jusqu’à l’insurrection de 1871 à laquelle ils prirent une part très active. En ce qui concerne particulièrement le douar OULED CHELIH nous le voyons mêlé, en Avril 1871 à l’attaque d’ouvriers forestiers dans le BELEZMA ; au pillage de la scierie SELLERIN, (depuis la ferme PETITJEAN) où furent assassinés 3 enfants et 12 ouvriers ; à l’assassinat d’un certain nombre de colons du «RAVIN BLEU» et au pillage de leurs fermes ; à l’affaire de la scierie PRUD’HOMME, à OUED EL MA qui coûta la vie de 13 Européens ; aux coups de main sur BATNA, FESDIS et EL MADHER. A la suite de ces actes insurrectionnels, les biens des OULED CHELIH furent séquestrés. La compromission des habitants de ce douar dans les évènements de 1916 est bien moins grave. Il n’y a eu que le pillage de la ferme RAYNAL, et encore convient-il d’ajouter qu’il a été l’oeuvre de deux mechtas seulement, AIN DRIN et BRAKA. On ne trouve aux OULED CHELIH aucune personnalité importante par ses origines. Faute de candidats dans le douar, le cheikh a été recruté en dehors. C’est un nommé DOUMANDJI Salah, originaire de BATNA. Si ses collègues des OULED AOUF, de TILATOU et de BRIKET, ont fait preuve d’une négligence si grave qu’elle peut être interprétée, tout au moins en ce qui concerne les OULED AOUF, et BRIKET, pour de la compromission dans les troubles, le cheikh DOUMANDJI, par contre, nous a témoigné un dévouement qu’il y a lieu de relater. Etant couché à MAC MAHON dans la nuit des évènements, et toutes les communications électriques ayant été coupées, il s’est rendu, seul, au galop de son cheval, à BATNA, pour prévenir les autorités des graves évènements qui se passaient. A signaler, dans le douar OUED EL MA, (BELEZMA) un personnage rahmanien d’assez grande envergure «BOUZIDI» Mohammed ben TAIEB, connus sous l’appellation de «MOUL GUERGOUR». Nous le trouverons au chapitre des causes du soulèvement, en même temps que trois fractions religieuses du douar MEROUANA (BELEZMA). Territoire de BARIKA A la date du 15 août 1914, la tribu des OULED SOLTANE, en particulier les Beni Ifrène , avaient présenté une centaine d’engages volontaires. Les Ouled Si Sliman et les Sefiane étaient plutôt tièdes. En 1916, à l’exception des Beni Ifrène qui demeurèrent fidèles, les Ouled Si Slimane et les Sefiane se solidarisèrent dans la résistance avec les gens du HODNA. Nombre de leurs cavaliers suivaient la colonne de BARIKA. D’autre part, ils soudaient leurs projets de résistance avec les gens du BELEZMA leurs voisins de la même tribu. Le HODNA ORIENTAL Les ruines que l’on rencontre partout et qui, souvent enfouies, ne demanderaient qu’un peu d’argent pour être mises à jour et nous livrer leur secret, prouvent combien les Romains s’étaient établis fortement dans le pays ; notamment à Tobna, ville importante, siège d’un évêché, située à trois kilomètres de BARIKA. La tradition fait remonter au XIe siècle l’établissement des Arabes dans le HODNA. S’il faut en croire IBN KHALDOUN, le pays fut très prospère pendant leur occupation, puisque cet historien dit que le nomade qui remontait l’été vers le Tell marchait à l’ombre des superbes jardins qui couvraient la plaine jusqu’au pied du BOU TALEB. Les turcs vinent vers la fin du XVIe siècle. L’occupation semble s’être opérée sans résistance ; elle donna lieu, par la suite, à des luttes très vives et très sanglantes entre les Ouled Derradj et les Ouled Mahdi qui occupaient la partie occidentale du HODNA. Les indigènes du HODNA oriental forment six groupes qui font remonter leur arrivée dans le pays aux XVIe et XVIIe siècles. 1 - Ouled Sanoune Les Ouled Sanoune disent avoir pour grand ancêtre SAHNOUNE BEN CHINOUNE, qui vint au commencement du XVII siècle, des environs de TOUGGOURT, se placer comme berger chez SI BARKAT, marabout du BOU TALEB ; il y prit deux femmes dont il eut neuf fils. Il s’installe alors au douar MAGRA, chez les Ouled Zemira. 2 - Selalhas Les ancêtres de cette tribu s’établirent près du Djebel DJEZZAR, dès le XVII siècle. 3 - Ouled Amor et Ouled Nedjaa Ce sont les descendants de DERRADJ qui vint se fixer dans le HODNA ORIENTAL vers la fin du XVIe siècle et fonda la puissante et redoutable tribu des Ouled Derradj, gens de sac et de corde, pillards et bandits, ayant conservé, depuis plus de trois siècles, la pire des réputations. (9) DERRADJ venait de MILIANA avec de nombreux compagnons qui donnèrent leur nom aux différentes fractions de la tribu. Les Ouled Amor prirent MAGRA, les Ouled Nadjaa, s’emparèrent des terrains arrosés par l’Oued BERHOUM, les Souamas s’installèrent dans la partie occidentale du HODNA. Vers la fin du XVIIe siècle, deux familles de marabouts vinrent se fixer : les Ouled Abdlekader à MAGRA et les Ouled Sidi Yahia, à BERHOUM 4 - Ouled Sidi Ghanem Le marabout SIDI GHANEM quitta ORAN vers le milieu du XVIIe pour planter sa tente dans les environs d’AIN KELBA. Les Ouled Derradj qui étaient déjà dans le pays les laissèrent cultiver en paix les terres dont ils avaient besoin. Devenus plus nombreux, les descendantes de SIDI GHANEM firent le partage des terres : les fils de SIDI YAHIA et de SIDI GUENDOUZ, prirent celles arrosées par l’oued MENAIFA, tandis que les fils de BELKACEM : SEKKAI et KHADED s’installèrent près d’AIN NAKKAR. Les Ouled Sidi Ghanem ne prirent aucune part dans les luttes de leurs voisins. Actuellement ils sont disséminés chez les Ouled Nedjaa ou les Ouled Sahnoune. 5 - Zoui Les Ouled Zoui sont d’origine maraboutique ; leurs descendants n’ont aucune souvenance des évènements qui se sont déroulés chez eux depuis l’arrivée de leurs ancêtres ; ils comprennent quatre fractions : Les Ouled Sidi Othmane, Les Ouled ben Dahoua, Les Ouled Khadra, Les Ouled Sidi Ahmed ben Kassem. Tels sont les cinq principaux groupes qui occupaient le HODNA ORIENTAL à l’arrivée des Français en ALGÉRIE. Ces différents groupes ne vivaient pas toujours en bonne intelligence, mais les Beys n’intervenaient que pour lever des impôts et les laissaient libres de vider leurs querelles comme ils l’entendaient. Le HODNA depuis la prise de CONSTANTINE jusqu’en 1849 L’arrêté du 30 septembre 1838, qui institue les cinq khalifats, est le premier acte officiel qui consacre l’autorité de la FRANCE dans le HODNA. Le territoire qui forme actuellement la commune mixte de BARIKA, était partagé entre Ahmed BEN MOKRANI, khalifat de la MEDJANA, et Ferhat BENSAID BEN BOU AKKAZ, cheikh El Arab. Au mois de janvier 1840, BOUAZIZ BEN GANA succéda à Ferhat BENSAID comme khalifat du SAHARA, et il avait autorité sur la tribu du HODNA ORIENTAL comme sur tout le territoire de la commune mixte actuelle. Les khalifats ne purent maintenir la paix sur leur immense territoire. L’arrivée de nos troupes augmenta les dissensions et provoqua la formation des «çofs». Dans la région de BARIKA, les tribus n’avaient aucun lien commun. Elles formaient une sorte de confédération, plutôt de nom que de fait, comprenant différents groupes, toujours en lutte entre eux. En 1844, il parut opportun de diminuer l’autorité des Ben Ghana et on créa le Caïdat du HODNA à la tête duquel on place un marabout vénéré des M’Doukal, SI MOHAND BEN SI MOHAMMED EL HADJ, avec résidence à BARIKA. Ce Caïdat formé dans un but politique ne constituait ni une unité politique ni une unité géographique, puisque le bassin du HODNA était divisé ainsi en deux : la partie occidentale sous le commandement de khalifat MOKRANI, tandis que les vallées supérieures des Ouled Barika et BITAM formaient, en dehors du Caïdat, les Ouled Soltane, et les Lakhdar Halfaouia, de SEGGANA, qui dépendaient du Caïdat de BATNA. SI MOKRAN ne put maintenir l’ordre et la paix dans un pays où l’état d’anarchie régnait depuis si longtemps. Cependant un mouvement d’accalmie se produisit en 1845 à la suite de la tournée de police effectuée par le Général LEVASSEUR dans le HODNA. Mais en 1849 toutes les tribus s’insurgèrent pour aller au secours de ZAATCHA. Les rassemblements se dispersèrent à la nouvelle de la défaite de SERIANA. Le Caïd SI MOKRAN fut renvoyé, et les tribus qu’il administrait prirent place dans le commandement de SI MOKHTAR BEN DAIKHA, Caïd des Ouled Soltane et des Ouled Sellem. A cette époque, l’administration n’est plus, comme au début de la conquête, confiée entièrement aux grands chefs indigènes. Déjà, nous nous sentons de force à gouverner nous mêmes et les bureaux arabes institués par le Maréchal BUGEAUD, le 1er mars 1844, commencent à administrer directement les indigènes, dont les grands chefs sont sous les ordres des commandants de Cercles, conformément à l’ordonnance du 15 Avril 1845. Le HODNA depuis 1871 Lorsque l’insurrection éclata, l’officier commandant le poste de BARIKA fut rappelé à BATNA, et le Caïd SI SMAIL convoqua les goums du HODNA. Les malfaiteurs, les mécontents et les ambitieux furent ainsi livrés à eux mêmes. Les Ouled Sahnoune et les Selalhas se soulevèrent à l’appel de AHMED BEY BEN CHEIKH MESSAOUD. Au mois de juin 1871, le frère d’AHMED BEY se rendit chez le moqaddem des Rahmania, SI EL HADJ MOHAMMED BEN ABDALLAH BEN BOUCETTA, des Selalhas, et lui demanda de décider les tribus du HODNA à se joindre aux révoltés. Le marabout refusa, car son fils et non neveu combattaient à nos côtés. Mais ZOUAOUI alla trouver les frères du marabout, et, en une nuit, les tribus s’insurgèrent. A BARIKA, le cheikh MIHOUB BEN SEGHIR, gardait la maison de Commandement, et le cheikh BIBI BEN MOHAMMED, avec 200 tentes fidèles, en surveillait les abords. Le 25 juillet, Les Ouled Sahnoune obligèrent le cheikh MIHOUB à quitter le bordj de BARIKA et à cesser toutes relations avec les Français. Le cheikh fut fait prisonnier ; mais les tentes fidèles s’étaient repliées sur SEGGANA où elles rallièrent le goum des Lakhdar Halfaouia qui maintenait le calme dans la région sous le commandement du cheikh MESSAOUD BEN NCIB. Le bordj fut respecté grâce au marabout BOUCETTA qui voulant se garder une porte de sortie en cas d’échec des insurgés, était venu à BARIKA. Les Ouled Nadjaa, conduits par DJENAN BEN DERRI, qui nous avions nommé cheikh en 1864, le seul agent qui fut ouvertement contre nous, aidés des bandes de SAID BEN BOUDAOUD, Caïd du HODNA occidental, cousin du bachagha MOKRANI, vinrent razzier les Ouled Amor demeurés fidèles. Dans la nuit de 26 au 27 août, ils attaquèrent le bordj de BIBI BEN MOHAMED. Le fils de ce dernier fut tué, et les Ouled Amor raziés. Le bordj de MAGRA devint alors le quartier général des insurgés du HODNA oriental. BIBI BEN MOHAMMED fut fait prisonnier ; le cadavre de son fils fut déterré et brûlé. Les Ouled Amor, effrayés, prirent la fuite et vinrent à SEGGANA se placer sous la protection du cheikh MESSAOUD BEN NCIB. Au mois de septembre, le Général SOUSSIER se mit en marche pour rejoindre BARIKA. Il passa par le Sud des montagnes des Ouled Soltane, faisant de petites étapes et pacifiant le pays. A l’annonce de son arrivée, les Ouled Sahnoune, les Selalhas et les Zoui, venus à BARIKA, envoyaient au Caïd SI SMAIL des députations pour lui demander d’intervenir en leur faveur ? seul, DJEMAN BEN DERRI resta avec les Ouled Mokrane. Le 19 septembre, le Général arriva à BARIKA où le marabout BOUCETTA lui remit le bordj qui avait été préservé du pillage. Les Ouled Derradj furent vite soumis. Aux pertes qu’ils avaient subies, aux razzias, aux pillages s’ajoutèrent les amendes d’abord, la contribution de guerre ensuite. Le Caïd SI SMAIL qui était à SEGGANA vint à BARIKA reprendre son commandement. DJENAN BEN DERRI fut révoqué et son commandement ajouté à celui de BIBI BEN MOHAMMED qui devint ainsi cheikh des Ouled Amor et des Ouled Nadjaa. En 1873 on créa l’annexe de BARIKA. Rien ne vint plus troubler la paix dans le HODNA ORIENTAL. Des modifications territoriales furent apportées en 1874, 1875, 1881, 1885 et 1890. Les chefs d’annexe purent entreprendre des travaux de longue haleine et lorsqu’en 1907, l’annexe fut érigée en commune mixte, on pensait que les Ouled Derradj étaient pour toujours fidèles et soumis. Il n’en était rien. SI MOHAMMED BEN EL HADJ BEN GANA, Caïd du HODNA oriental depuis 1901, avait demandé et obtenu que la jouissance des terrains que les djemaa lui avaient consentie dans les quatre Douars dont il gardait le commandement (DJEZZAR, METKOUAK, BARIKA et MAGRA) lui fut maintenue avec les autorisations d’irrigations utiles. Quelques temps après de vives réclamations surgirent : on accusait l’agha BEN GANA d’abuser des irrigations en prélevant plus que sa part. Un ancien cheikh révoqué par l’autorité militaire, KHELLAF BEN SAAD, prit la tête du mouvement d’hostilité contre l’agha. L’autorité locale, compromise à l’endroit de BEN GANA, persista à nier ce mouvement qui reprit avec plus de violence et se traduisit, en 1911, par une émigration nombreuse vers la SYRIE. La plupart des caravanes furent cependant arrêtées en TUNISIE. L’autorité locale nia encore cette émigration. Alors se produisit le serment du Matmor de SIDI ABDELKADER liant les conjurés pour une lutte à outrance devant aboutir à la déchéance de l’agha. L’administrateur eut la malencontreuse faiblesse de proposer aux perturbateurs une trêve de deuil (l’agha venait de perdre son frère le bachagha des Zibans. Cet acte de puissance à puissance n’arrêta nullement les protestations. Une enquête fut décidée ; 2000 indigènes, hurlant, trépignant, vinrent se masser devant le bordj administratif et deux brigades de gendarmerie durent charger pour dégager le bordj et ouvrir un passage de l’agha BEN GANA. L’agitation, par la suite, prit des allures encore plus graves : des rassemblements tumultueux eurent lieu à BARIKA. On y venait en armes et on y discutait publiquement le départ de l’agha ; puis on incendiait sa récolte. Les troubles tournaient à la rébellion ouverte et il fallut en arriver à l’envoi d’une force de gendarmerie et à l’internement de seize meneurs pour ramener dans le pays une tranquillité relative. Tout cela était, en grande partie, l’oeuvre des Ouled Sahnoune. En 1916, les mêmes Ouled Sahnoune et Ouled Derradj de MAGRA, refusèrent de présenter leurs conscrits, mettant ainsi en échec l’autorité locale Un autre échec plus grave encore fut celui de la colonne envoyé dans le HODNA qui reçut des coups de fusil sans les rendre, chez les Zoui, d’AIN KEBLA (10). Le 12 novembre, après le sac de la ferme GRANGIER, la veille, des bandes hostiles de SEGGANA, des Sahari et autres gens du HODNA entouraient BARIKA ainsi que nous l’avons relaté. Rappelons que le 14, un convoi fut attaqué entre BARIKA et SEGGANA. Le seul chef indigène marquant, dans la commune mixte, était le cheikh moqaddem de SEGGANA qui fera l’objet d’une note spéciale (11). Un personnage religieux dévoué, est le moqaddem des Rahmania de MAGRA, HASSANI CHERIF TOUHAMI, dont nous dirons l’action bienfaisante au chapitre des marabouts. Les Ouled Ziane et les Saharis Ces deux tribus qui appartiennent la première à AIN TOUTA, la deuxième à BARIKA, on presque toujours été divisées par des haines terribles. Lors du soulèvement de 1916 les Ouled Ziane sont demeurés dans l’expectative mais le douar BITAM des Saharis a marqué un assez sérieux mouvement de révolte. Il est opportun d’en dire quelques mots, au moins pour ceux qui ont la garde de la sécurité dans l’arrondissement de BATNA. L’importance tribu des Ouled Ziane comprend quatre Douars : GUEDDILA (4891 habitants), DJEMORAH (1509 habitants), BRANIS (1794 habitants), BENI SOUIK (443 habitants), tous quatre dépendant de la commune mixte d’AIN TOUTA. Originaire du MAROC, qu’ils auraient quitté au début du 16éme siècle, les Ouled Ziane vinrent, tout d’abord, se fixer à EL ALIA (30 kilomètres au Nord de BARIKA), puis arrivèrent dans la région des Palmeraies de GUEDDILA, DJEMORAH, BENI SOUIK et BRANIS, dont ils chassèrent ou massacrèrent les habitants pour prendre leur place, vers le milieu de XVIème siècle. Ne disposant, dans la région des palmeraies, d’aucun terrain de labour ou de parcours, les Ouled Ziane essayèrent bientôt de s’étendre au détriment de leurs voisins. Après des luttes longues et sanglantes, ils parvinrent a acquérir à OUED TAGA (AURES) et plus tard, à DRAUH et à CHETMA, des droits de propriété que le Sénatus-consulte leur a reconnus. La nécessité dans laquelle ils étaient de trouver, en dehors de leurs territoires arides, et brûlants l’été, des pâturages pour leurs troupeaux rapidement accrus, fit estiver les Ouled Ziane d’abord, sur les contreforts du TELL, puis dans le TELL même ; le Sénatus-consulte leur a reconnu des droits de parcours très importants : dans la commune mixte d’AIN EL KSAR, aux Douars Ouled Moussa, Ouled Si Belkheir, Ouled Si Menacer Achemer, Ouled Ammar, Ouled Makhlouf, dans la commune mixte de BARIKA, au douar BITAM et dans celle d’AIN TOUTA, au douar EL KANTARA. Les Saharis La tribu des Saharis comprend actuellement trois Douars : BITAM (4309 habitants), EL OUTAYA (1457 habitants et EL KANTARA (3326 habitants), le premier, rattaché à la commune mixte de BARIKA, Les deux autres à celle d’AIN TOUTA. Pendant la première phase du soulèvement de 1916, le douar BITAM a fait cause commune avec les rebelles. Le mouvement sur BARIKA ayant échoué les BITAMI qui avaient envoyé des contingents de cavaliers aux insurgés vinrent offrir leurs services pour la constitution d’un goum contre les OULED SOLTANE. Politique arabe tissée de mensonge et de duplicité. D’origine arabe pure, les Saharis seraient venus du HEDJAZ vers le milieu du 11éme siècle, mais ne se seraient établis que bien plus tard dans la région Sud de BARIKA où ils sont actuellement fixés, et dont les Ouled Sahnoun leur ont, pendant longue temps, disputé la possession. De sanglants combats, dont le souvenir n’est pas encore effacé, furent livrés entre ces deux tribus qui restèrent ennemies. Sous les Turcs, leurs habitudes de pillage en avaient fait la terreur de leurs voisins. Les Beys de CONSTANTINE, pour consolider leur autorité dans les ZIBANE, avaient constitués les Saharis en une sorte de maghzen. Deux grandes familles que nous étudierons eu titre des chefs indigènes, les BOUAKKAZ et les BEN GANA se disputèrent longtemps la suprématie chez les Saharis (12). La recherche du pâturage d’été fut, pour les Saharis une nécessité vitale et c’est ainsi qu’ils furent en compétition d’intérêt, avec les Ouled Ziane, au DAYA. Causes de l’inimitié entre les Saharis et les Ouled Ziane Une origine différente, des besoins identiques, furent les principales causes d’inimitié entre ces deux tribus, toutes deux guerrière et combatives. L’animosité s’accentua sous l’influence des çofs. Tandis que les Saharis se rangèrent sous la bannière des Ben Gana, les Ouled Ziane prirent fait et cause pour les Bouakkaz Les chefs de partis eurent toujours soin d’entretenir, sinon d’attiser, cette inimitié, d’abord, pour flatter leur clientèle et en augmenter l’importance, puis, pour servir leurs intérêts personnels. En 1871, les Saharis étaient réunis sous l’autorité d’un seul Caïd, SI MOHAMMED BENHENNI, du çof Bouakkaz , en résidence à EL OUTAYA ; poussés par les Ben Gana, ils assiégèrent, le 30 mars, le bordj du Caïd qui résista à l’assaut, mais ils pillèrent le caravansérail. Dès le 3 avril suivant, une petite colonne de 1000 hommes fut formée à BATNA et dirigée sur EL OUTAYA : elle reçut l’appui d’un goum important des Ouled Ziane qui razzièrent les Saharis. Le Daya Le Sénatus-consulte fut appliqué en 1866 aux Ouled Ziane et aux Saharis ; aux premiers, il reconnut des droits de parcours au DAYA, dans le douar BITAM, la fraction la plus remuante des Saharis. Même après que se fut effacé le souvenir des évène

ments de 1871, la communauté des droits des Saharis et des Ouled Ziane, sur le DAYA, resta une cause latente d’inimitié utilisée par les chefs de çofs pour les besoins de leur cause. Compris entre le Djebel AHMAR et le Djebel MEKHRIZANE, le DAYA est une sorte de haute plaine ou de cuvette d’altitude moyenne de 450 à 500 mètres, orientée sensiblement de l’Est à l’Ouest, sur les derniers contre forts de l’ATLAS. Sa largeur est d’environ 14 kilomètres, sa longueur de 20. Abrité des vents par les montagnes qui l’entourent, le DAYA fournit un excellent pâturage aux troupeaux de Sud. Cette région était primitivement réservée au parcours, mais les usagers mirent, peu à peu, quelques parcelles en culture, et, comme les années à printemps pluvieux, la récolte était abondante sur ce sol encore vierge, la pratique des labours illicites ne fit qu’augmenter d’importance. Les parcours furent réduits d’autant. Ce furent certainement les Zianis qui eurent le plus à pâtir de ce nouvel état de choses, parce qu’à cause de l’éloignement de leur village il leur était beaucoup plus difficile de labourer qu’aux BITAM, qui étaient pour ainsi dire chez eux. Cependant quelques Ouled Ziane pratiquèrent, eux aussi, des labours illicites. Mais lorsque les bergers venaient avec leurs troupeaux ils se faisaient un malin plaisir de faire manger la récolte de la tribu opposée. Il s’ensuivit de nombreuses discussions, coups de feu, vols, procès, qui ne firent qu’augmenter l’inimitié réciproque. Les crimes de 1916 En 1916, en Mars et Mai, les Ouled Ziane et les Saharis se tuèrent chacun deux fellahs dans les circonstances suivantes : le 22 Mars, les troupeaux des Ouled Ziane ayant commis quelques déprédations dans les récoltes provenant de labours illicites des BITAM au DAYA, les propriétaires lésés firent courir le bruit que leurs ennemis séculaires venaient de s’emparer de 1200 moutons. A cette nouvelle, un grand nombre d’indigènes des BITAM s’assemblèrent pour courir sus aux prétendus voleurs ; leur Caïd arriva à temps pour calmer les esprits ; il fit une enquête et constata qu’il n’y avait pas eu de vol, mais simplement des dégâts peu importants. A la vue des Saharis assemblées, les Ouled Ziane campés dans le DAYA, eurent peur et s’enfuirent hâtivement vers le Sud. Le bruit courut parmi les fuyards que plusieurs des leurs avaient été tués par les Saharis ; il n’en fallut pas davantage pour que, rencontrant une caravane de cinq personnes dont une femme d’EL OUTAYA (la soeur du cheikh actuel), deux hommes de M’DOUKAL et deux de BITAM, ces deux derniers furent tués par les Ouled Ziane en fuite. L’adjoint indigène de GUEDDILA dénonça, quinze jours après, douze indigènes de son douar comme ayant pris part à ce crime, mais aucune charge ne put être relevée contre les inculpés, et une ordonnance de non lieu intervint en Décembre 1916. En juin 1916, huit indigènes de GUEDDILA campaient sous deux tentes, aux environs de FONTAINE DES GAZELLES, pour y moissonner leurs récoltes. Les Saharis désireux de venger leurs morts de Mars, firent prévenir les gendarmes d’EL KANTARA que des perquisitions dans les tentes de ces indigènes seraient fructueuses. En effet, plusieurs armes furent saisies ; deux jours après, un groupe de huit Saharis tombait sur les GUEDDILA désarmés et leur tuait deux hommes qu’ils décapitaient ; les têtes des victimes furent emportées par les assaillants et n’ont pas été retrouvées, à ce jour. L’enquête à laquelle il fut procédé ne donna aucun résultat et l’affaire fut classée. Réconciliation Une vingtaine de jours s’étaient à peine écoulés depuis ce dernier crime, que les kebars des Saharis, jugeant sans doute l’honneur satisfait, demandèrent, par lettre, aux Ouled Ziane, qu’un accord intervint entre eux. Comme à cette époque la plupart des intéressés étaient absents de leurs Douars, l’arrangement fut remis au mois d’Octobre suivant. Les évènements du 12 novembre reléguèrent cette question au second plan ; elle ne pu être utilement reprise que fin 1916. Après divers pourparlers entre les tribus intéressées, le Sous-Préfet de BATNA assisté des administrateurs de BARIKA et d’AIN TOUTA réunissait à EL KANTARA, le 12 janvier 1917, les notables de BITAM, DJEMORAH, GUEDDILA, BRANIS et BENI SOUIK. A cette occasion le sous préfet jeta les bases de la réconciliation en insistant sur

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Published by Amar Negadi - dans Histoire
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commentaires

laouisset 02/10/2010 18:25


Je suis originaire des ouled derradj (hodna) et je veux connaitre mon histoire.Auriez vous des informations sur l'origine des ouled derradj ...du yemen..hejaz ...?


Abderrahmane 08/01/2009 22:15

Bonjour,la source de ce document produit par feu Ammar NEGADI se trouve être le site : http://aureschaouia.free.frIl est disponible sous format PDF et libre d'accès.cordialement.

Djemaa 25/07/2008 11:53

dommage que vous n'ayez pas donné  la source d'où vous avez pris cet écrit  de même concernant Dihiya vous avez de nombreuses versions dans les différents site aurèsiens.
cordialement

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